[TALLINN] Où nous découvrons le concept de capitalisme cognitif

Comme annoncé, c’est sous une pluie assez forte que nous émergeons de l’appartement vers 11h. Mes ballerines ne sont pas du tout étudiées pour négocier des flaques aussi énormes que celles qui se sont formées le long des trottoirs, et je suis ravie quand nous nous engouffrons enfin dans un bus 42 pour nous rendre au KUMU, le musée d’art d’Estonie situé à l’est du centre historique.

Nous commençons par l’expo qui occupe le 3ème étage, et qui a pour thème très actuel « L’art à l’ère de l’intelligence artificielle ». Quoi que fort intéressante, elle ne va clairement pas calmer le malaise profond que m’inspire l’IA (et pas seulement pour des raisons égoïstes telle la disparition programmée de mon métier).

Extrait du texte de présentation d’une installation vidéo de Jens Settergren: « Milk Plus explores the brain as a culturally constructed object influenced by ‘cognitive capitalism’, where the affective capacity of consciousness is equated with the assets, goods and services offered by the market. » Autrement dit, le cerveau est devenu un construct culturel influencé par le « capitalisme cognitif », c’est-à-dire que la capacité affective de la conscience est désormais assimilée aux produits et services offerts par le marché. Je trouve ce concept aussi pertinent que flippant.

Nous descendons ensuite au 2ème étage consacré à « L’art estonien durant l’ère soviétique », puis au 1er qui explore l’art estonien dans les années 1990.

J’ai l’impression d’avoir raté des expos temporaires qui m’intéressaient, mais en même temps d’avoir exploré tout le bâtiment. Plus tard, je m’apercevrai que nous avons effectivement manqué la Dérive chromatique de Kristi Kongi, qui m’aurait sûrement plu bien davantage que tout ce que nous venons de voir. Notre visite apparemment terminée, nous déjeunons au café situé au sous-sol du musée. English breakfast pour Chouchou et Reval breakfast pour moi.

Une courte promenade à travers le joli parc de Kadriorg nous amène jusqu’à un jardin japonais très plat et assez décevant, surtout après celui que nous avons vu à Wroclaw plus tôt dans la semaine. Avant d’aller reprendre le bus en sens inverse, nous faisons un petit tour sur la plage voisine déserte. Il a cessé de pleuvoir, mais la température reste bien trop frisquette pour inciter aux bains de mer.

De retour dans le centre-ville, je traîne Chouchou dans diverses boutiques d’artisanat local, où nous gloussons devant quelques curiosités. Très raisonnable, je me contente de deux paires de socquettes à fleurs et d’une broche en feutrine. Non, la vodka escargot-safran ne me tentait pas.

Nous nous posons au salon de thé Kehrweiler pour boire un chocolat chaud pas terrible et manger un gâteau aux myrtilles sans intérêt. Installé dans une série de caves, le lieu lui-même possède un certain charme, mais un courant d’air glacé souffle au niveau de nos jambes. Le nez plongé dans son iPhone sur lequel il parcourt les archives de mon blog, Chouchou m’informe que nous avions déjà visité le KUMU en 2019, et déjà trouvé le jardin japonais décevant. C’est drôle, parce qu’autant je me souvenais parfaitement de la topographie du centre historique, autant ma mémoire avait complètement zappé ça.

Il n’est que 17h, mais nous sommes crevés et j’ai vraiment froid. Après avoir envisagé de rentrer à l’appart et de commander plus tard un truc à livrer pour ne pas devoir ressortir (nous logeons au sommet d’une longue pente), je propose de retourner au Kompressor, pariant sur le fait que le temps d’obtenir une table et d’être servis, il sera presque l’heure habituelle de notre repas du soir. En effet, il est 18h quand ma jambon fumé-Brie et la viande hachée-fromage de Chouchou arrivent sur notre table, succédant à un velouté de champignons absolument mortel. Je savoure le moment: ce sera sans doute notre dernier repas dans ce pub si sympathique, car je doute de revenir en Estonie un jour.

Sur le chemin du retour, nous poussons la porte de la cathédrale orthodoxe Alexandre Nevsky (dont j’ai publié des photos extérieures le premier soir). Une messe est en cours, et les touristes massés derrière la barrière sont trois fois plus nombreux que les fidèles qui y assistent. Je me demande si les prêtres ont le sentiment d’être des acteurs sur une scène de théâtre… Mais cette journée m’a clairement mise d’humeur introspective et morose.

2 réflexions sur “[TALLINN] Où nous découvrons le concept de capitalisme cognitif”

    1. Le Rose et le Noir

      Oh moi, je ne suis que l' »intérêt humain » sur la photo. Mais je transmets à Chouchou, merci pour lui!

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