[TALLINN] Où je ne m’attendais pas du tout à être aussi émue

Ce matin, très heureux de nous être réveillés à Tallinn, nous nous mettons en route vers 10h. Direction: Telliskivi, une « cité créative » pleine de street art, de boutiques alternatives et de cafés végans où nous nous étions déjà rendus en 2019. Nous n’avions alors pas visité le musée Fotografiska qui venait juste d’ouvrir, mais nous avons fermement l’intention de remédier à cette omission. En chemin, nous faisons le compte des fresques dont nous nous souvenons et de celles qu’il nous semble voir pour la première fois. Des tas de jeunes gens, sans doute étudiants en art, dessinent dehors, et je regrette presque de ne pas pouvoir me joindre à eux.

Fotografiska accueille actuellement trois expositions. La première, « Places called home », montre les portraits en noir et blanc qu’Inta Ruka a réalisés au fil de deux décennies dans la campagne lettone, à l’aide d’un simple Rolleiflex monté sur trépied et uniquement en lumière naturelle. Sa maîtrise technique semble tout simplement époustouflante, à l’heure où n’importe qui peut s’improviser photographe grâce aux outils d’édition utilisant l’IA. Mais surtout, elle prête une dignité immense à des gens considérés comme occupant le bas de l’échelle sociale. J’avais envie de dessiner la moitié de ses sujets (et je le ferai peut-être une fois rentrée chez moi).

« Emerging artists 2026 » regroupe les travaux de plusieurs photographes de Finlande et des trois pays baltes (Estonie, Lettonie, Lithuanie). Certains m’ont beaucoup parlé et d’autres pas du tout. Enfin « Photography in Power: making worlds visible », qu’accompagnait une musique instrumentale, m’a bizarrement remuée. En contemplant la succession de clichés tous plus originaux et expressifs les uns que les autres, j’ai eu envie de me mettre à pleurer sur l’humanité, cette espèce tragique et ridicule, si intelligente et si stupide à la fois, capable du meilleur comme du pire et qui court absurdement à sa propre perte. Je me suis sentie à la fois transcendée et parfaitement impuissante – alors qu’à la base, je venais juste regarder de jolies images et chercher un peu d’inspiration. Feelings. Bleuargh.

Lorsque nous ressortons du musée, il est presque midi. Nous retournons dans la vieille ville pour déjeuner au V Vegan restaurant, testé et approuvé lors de notre voyage précédent. J’aurais aimé manger en terrasse mais le ciel est menaçant: ce sera donc dedans. Et comme je n’ai pas hyper faim, je commande juste un assortiment d’houmous. Je ne tarde pas à le regretter, car il y avait vraiment des plats originaux à la carte, et je sais que tout aurait été délicieux. Même Chouchou, qui est (re)devenu un grand viandard ces dernières années, se régale avec son faux Korean chicken BBQ. Au final, on décide de revenir pour notre dernier repas à Tallinn, et on réserve sur leur site pour ne pas avoir de mauvaise surprise le moment venu.

Toujours à pied, nous ressortons de la vieille ville à l’extrémité opposée de Telliskivi pour aller voir notre second musée de la journée: le PoCo, consacré à l’art contemporain en général et au pop art en particulier. Je trouve l’entrée un peu chère (18€ par personne), mais il est vrai que les deux étages d’exposition regroupent pas mal de pièces intéressantes, mises en scène dans une quasi obscurité. Après le choc émotionnel de ce matin, j’ai cependant du mal à éprouver grand-chose au-delà de « Ah ouais, bien vu ».

Nous retournons ensuite vers la vieille ville. Le superbe magasin de souvenirs où j’avais acheté un thé délicieux et ma toute première robe en lin ne vend plus que des machins standardisés: dessous de plat en forme d’arêtes de poisson, chaussettes qui grattent à 70€ la paire et maillots de l’équipe de foot nationale. Je suis déçue, mais nos bagages déjà pas mal pleins à l’aller poussent un discret soupir de soulagement.

Plus loin, au fond d’une cour intérieure, nous nous posons chez La chocolaterie de Pierre. Tables bancales couvertes de nappes moches et musique aigrelette du début du siècle dernier – pas tout à fait ma vibe en temps normal, mais il fait bon dehors et j’avais vraiment besoin de me poser. Mon thé noir à la rhubarbe et le thé vert au jasmin de Chouchou sont servis dans des théières de la contenance d’une piscine olympique, et nous traînons là un assez long moment.

En sortant, nous passons dans une des rares supérettes du centre historique pour faire des courses de petit déjeuner. Nous allons les déposer à l’appartement, où nous nous reposons une heure avant de ressortir pour le dîner. Comme nous avons déjà beaucoup marché aujourd’hui, nous optons pour le restaurant Pika Jala, situé en haut de la longue côte que nous voulons éviter de descendre une fois de plus pour ne pas avoir à la remonter ensuite. Le repas (linguine au poulet + sauce à la truffe pour moi, fish & chips pour Chouchou) est plutôt quelconque, mais là aussi, nous apprécions de manger en terrasse avec une température très agréable. La météo avait prévu de la pluie pour aujourd’hui; finalement, elle n’est jamais tombée. Elle devrait hélas se rattraper demain…

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