Le puzzle qui faillit apprendre à voler

Mon autisme a conditionné tous les grands choix de ma vie. Je ne supportais pas d’être entourée de gens, ni contrainte à travailler dans des horaires précis et un lieu que je n’avais pas choisi. J’ai donc tourné le dos à mes (longues et coûteuses) études pour m’engager dans une voie professionnelle qui respectait mes limitations tout en me permettant de capitaliser sur mes forces – mon auto-discipline et ma grande faculté de concentration dans un environnement dont je maîtrise les paramètres.

Même en couple, j’ai toujours eu besoin de plages de solitude et de silence complet. Bien qu’ayant très rarement été célibataire depuis l’âge de 18 ans, je n’ai donc vécu avec quelqu’un 100% du temps que pendant les trois années de mon premier mariage. Le double domicile revient cher et complique l’organisation, mais à mes yeux, il a plus d’avantages que d’inconvénients. Ma vie sociale est de plus en plus limitée au fil du temps; les interactions humaines me vident de mon énergie, tout comme le bruit et l’agitation qui règnent dans de nombreux lieux publics.

Mais parfois, aussi, mon autisme se manifeste dans les détails les plus inattendus de mon quotidien. Je me suis mise à faire des puzzles pendant le premier confinement, histoire de tuer le temps avec une activité qui m’évitait de fixer sur mon angoisse. Assez vite, j’ai découvert les puzzles artisanaux en bois de Michèle Wilson, et j’ai eu envie de m’en offrir un. Mais leur prix, bien que certainement justifié par la qualité et le temps de fabrication, me rebutait un peu, d’autant que je ne refais jamais le même puzzle deux fois (de la même façon que je ne relis presque jamais un livre et ne revois que très rarement un film ou une série: je préfère découvrir des choses nouvelles). Puis, en janvier, la marque a sorti une édition limitée issue d’un partenariat avec Pénélope Bagieu, et je me suis dit que c’était l’occasion ou jamais.

Ayant fait livrer le puzzle chez une amie toulonnaise pour bénéficier des frais de port gratuits, je ne l’ai récupéré que samedi dernier, et je m’y suis mise dès le soir même. Un quart d’heure plus tard, je frôlais le meltdown de frustration. Non seulement les pièces étaient minuscules, mais la plupart d’entre elles ne cliquaient pas solidement. Impossible de les faire tenir ensemble: elles étaient juste posées côte à côte, donc pas moyen d’en déplacer tout un groupe d’un coup, et au moindre geste de travers ou juste légèrement imprécis, tout bougeait et se défaisait. Or, parmi les symptômes de mon autisme, il y a une très mauvaise motricité fine… Ce premier soir, la boîte a failli passer par la fenêtre une bonne demi-douzaine de fois. Seul le prix que j’avais payé a retenu mon geste rageur.

Je me suis forcée à m’y remettre le lendemain, par toutes petits séances de quelques minutes seulement: deux pièces par-ci, cinq pièces par-là en attendant que mon thé infuse sur le comptoir de la cuisine. C’était vraiment un exercice de maîtrise de moi – pas de mes doigts dont l’absence de précision est ce qu’elle est et va le rester, mais des pulsions de colère destructrices qu’engendre souvent ma frustration.

Au final, je suis contente d’avoir réussi à le terminer. L’illustration est très chouette, et c’était une expérience, disons, pas inintéressante. Mais il est clair que malgré leur qualité évidente, les puzzles Michèle Wilson ne sont pas du tout faits pour moi. D’ailleurs, si une lectrice dotée d’une meilleure motricité fine est intéressée pour racheter l’édition limitée de Pénélope Bagieu, désormais sold out sur le site de la marque, qu’elle n’hésite pas à me contacter par mail.

6 réflexions sur “Le puzzle qui faillit apprendre à voler”

  1. Bonjour je l’ai acheté quand vous en avez parlé sur instagram et les pieces de mon exemplaire ne sont pas du tout découpées comme sur le vôtre 🙂 (par contre je garde le mien j’ai adoré le faire et je l’ai même déjà refait)
    Bonne journée

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