La peste et le choléra

Il y a 5 ans, je m’étais fendue d’un billet de blog assez insultant contre les gens qui voulaient s’abstenir ou voter blanc au second tour de l’élection présidentielle. J’avoue: je l’ai regretté par la suite.

Après 5 ans de Macronie, je comprends sincèrement qu’on soit révolté et qu’on ne veuille pas rempiler. Pas cautionner la casse de notre système de protection sociale et des services publics, le foutage de gueule sur l’égalité hommes-femmes, les abus policiers en tous genres, la nomination de ministres et de collaborateurs qui devraient croupir en prison.

Moi aussi, je vomis Macron.

Mais à celleux qui se disent que l’alternative pourrait difficilement être pire… je vous en prie, réfléchissez bien. Rien que sur le plan international: MLP est anti-Europe et notoirement pro-Poutine; elle refuse de soutenir l’Ukraine et veut sortir de l’OTAN. Dans le contexte actuel, vous imaginez?

Et si, comme moi, vous trouvez déjà que les autorités se conduisent de manière dégueulasse envers les migrants, ou la police envers les personnes racisées en général, pensez à ce que serait leur vie – ainsi que celle de toute la communauté LGBTQ – sous un régime ouvertement fasciste.

Depuis que je suis en âge de voter, je vote pour limiter la casse, et oui, j’en ai ras-le-bol. A un moment, j’en avais tellement marre de ce cirque que je m’étais faite rayer des listes électorales. Donc, si vous avez juste envie d’aller à la plage dans 10 jours, je ne vous jetterai pas la pierre cette fois.

Mais malgré une situation déjà désespérante, il vous reste le pouvoir d’empêcher notre pays de sombrer dans le fascisme. C’est clairement bien moins que ce que je voudrais. Et c’est clairement bien plus que je ne peux le mesurer en tant que personne blanche apparemment cishet, ni pauvre, ni juive, ni handicapée.

Lors d’un deuxième mandat Macron, on pourra encore se battre pour l’empêcher de nuire – en commençant par ne pas lui donner de majorité à l’Assemblée en juin. Quoi qu’on pense de lui (et j’en pense beaucoup, BEAUCOUP de mal), il est républicain. Il fonctionne encore selon les règles de la démocratie, si imparfaites soient-elles. Il est aussi pro-européen à un moment où la position inverse me paraît suicidaire.

Même si c’est tentant de le croire: non, la peste et le choléra ne se valent pas. Les deux sont des maladies horribles auxquelles on voudrait ne pas avoir affaire, et face auxquelles il est très tentant de baisser les bras. Mais l’une des deux fera basculer dans l’horreur la vie de beaucoup de nos concitoyens, et infléchira irrémédiablement la trajectoire de notre pays vers le pire.

Une démocratie dysfonctionnelle vaudra toujours mieux qu’un régime fasciste.

S’il vous plaît, pensez-y le 24.

3 réflexions sur “La peste et le choléra”

  1. En effet, l’un me décourage et m’agace, mais l’autre me fait peur : anti-non-blancs, anti-étrangers, anti-pauvres, anti-classe moyenne, anti-femmes, anti-LGBGT+, anti-handicapés, anti-Europe, anti-démocratie, anti-presse, anti-liberté d’opinion, anti-diversité de foi, anti-arts & culture, etc, non merci, autant opter pour le moins pire même si c’est grandement à contre-coeur.

    C’est sûre qu’un des choix est testé et désapprouvé, mais l’autre n’a pas besoin d’être testé pour autant ; et encore : le « on n’a pas essayé » est bancal puisque des collectivités françaises ont testé, des pays au fil du temps et du globe ont testé et clairement le résultat n’est pas brillant (euphémisme pour dire catastrophique)…

    (Et avec tout ça, mon conseil musical est « J’aime mon pays » de Sexy Sushi, groupe électro-barré qui est pourtant très pertinent ici.)

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