[RIGA] Où je sacrifie modestement aux divinités du shopping

Mauvaise nuit entrecoupée par une série de cauchemars tous plus dingues les uns que les autres: enlevée et droguée par la Mafia russe, je me retrouve couverte de tatouages malsains que je n’ai pas le souvenir d’avoir faits, puis je prends le thé chez Beatrix Potter où je tue accidentellement une portée de chatons en m’emparant de la couverture dans laquelle ils dormaient en haut d’une armoire, puis… Bref, j’ai beaucoup de mal à émerger ce matin. Et Chouchou a un conf call de 10h à 13h. Donc, au lieu d’aller l’attendre dans un café voisin comme j’en avais l’intention, je zone à l’appartement en planifiant le reste de la journée.

Nous déjeunons au Street Burgers, pas trop loin de notre studio. La bouffe est absolument délicieuse, et la déco industrielle ne me dérange pas même si je préfère les atmosphères plus cosy; en revanche, la musique du même tonneau me pousse à fuir dès la dernière bouchée de notre repas avalée. Nous nous rendons ensuite à pied au marché central, installé dans une série de grands hangars qui abritaient autrefois des zeppelins. Tous les guides et les sites de voyage citent cet endroit comme un lieu incontournable à Riga, mais j’avoue que je peine à comprendre pourquoi. La moitié des étals ont le rideau baissé, et les autres ne sont pas spécialement avenants. L’odeur des deux halles respectivement dédiées à la boucherie et à la poissonnerie me soulève le coeur. Je ne vois nulle part les fruits et les légumes que j’espérais prendre en photo. Bref: nous fuyons assez vite.

Retour au centre historique, où la lumière est plus clémente que vendredi mais où beaucoup de commerces et de musées sont fermés en ce lundi. Dépitée, je me procure un shot de dopamine facile avec un peu de shopping. Dans la première boutique, je craque pour une maisonnette verte et un moulin rouge en céramique; comme la vieille dame ne parle pas un mot d’anglais, nous communiquons par gestes et par borborygmes. Dans la seconde boutique, la vendeuse est au téléphone lorsque j’entre; elle répète souvent le mot « ukraini » et renifle beaucoup après avoir raccroché. Gênée, je m’apprête à filer à l’anglaise quand elle me rejoint devant le présentoir de bijoux et me l’ouvre d’autorité pour que je fasse des essayages. Je ressors avec une bague en argent ornée de trois petits morceaux d’ambre: un orange, un vert et un jaune. Elle se mariera bien avec mes robes cottage core.

Nous retournons au café romantique où nous avions passé un si bon moment l’autre jour. La musique est toujours celle de notre jeunesse, et la table dans l’alcôve près de la vitrine est libre, youpi! Je me fais la réflexion qu’à chacun de nos voyages, même quand on ne passe que quelques jours dans une ville, il y a toujours UN endroit où on se sent comme chez nous et où on revient plusieurs fois en très peu de temps. Record établi lors de notre excursion à Bratislava: on était retournés au même café-librairie d’occase deux fois en l’espace d’une seule journée…

Quand on ressort, je commence à regretter d’être sortie avec juste un gilet en laine par-dessus ma robe. Tout le monde dans la rue (Chouchou y compris) porte un anorak ou assimilé. A quel moment suis-je devenue la personne la moins frileuse dans un rayon d’un kilomètre? Je blâme mes 15 ans de Belgique. Nous retournons au magasin de souvenirs un peu chic où j’avais fait des repérages vendredi. Je renonce à acquérir un bol-pomme en céramique pour lequel j’ai eu un coup de foudre, mais dont je ne ferais probablement rien, et une paire des grosses chaussettes typiques du coin car la laine est vraiment trop rêche pour moi. Sagement, je me contente de quelques tablettes de chocolat de marques lettones et d’un petit bocal contenant des fragments d’ambre pour ma collection de « souvenirs géologiques ».

J’avais repéré un café végétarien pour le dîner, mais à peine ai-je mis le pied dedans que je fais demi-tour: trop de monde, pas mon genre d’ambiance. Du coup, comme on est juste à côté du Mazā Terapija où on a si bien brunché hier, on y retourne. Chouchou prend des peanut ramen et se régale; j’opte pour le risotto aux champignons qui n’a pas DU TOUT la texture d’un risotto mais qui se révèle quand même très bon. Comme je n’ai plus de place pour le dessert, Chouchou se dévoue et fait disparaître tout seul le cheesecake sans gluten au citron vert. Franchement, j’ai de plus en plus de mal à comprendre les carnivores qui ne veulent pas se passer de viande même pour un repas de crainte de manger des trucs tristes et sans goût.

Reste que cette journée m’a suffisamment frustrée pour que, une fois rentrée au studio, je décide sur un coup de tête de réserver une excursion journée très chère vers un lieu apparemment spectaculaire. Si bien que nous passons le reste de la soirée à écrire des mails, remplir de la paperasse et préparer nos affaires: demain, le réveil sonnera de bonne heure…

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