La semaine en bref #219

Lundi:

★ Si vous êtes comme moi et que Tony Shalhoub et les capes sont deux de vos trucs préférés dans la vie, un conseil: regardez l’épisode 403 de « The marvelous Mrs Maisel », et pâmez-vous de ravissement.

Mardi:

★ A l’Antre de Calliopée, pendant que je bouquine, j’entends le jeune chevelu de la table voisine faire une pub enthousiaste à Bernard Werber: « Avant même que j’entre en fac, c’est lui qui m’a tout appris sur l’anthropologie », explique-t-il à son pote. Surtout, ne pas commenter.

★ Le serveur – débutant – des Fils à Maman me demande si je veux un dessert. Je lui dis que je prendrais bien une petite fondue de Saint-Marcellin. Il bredouille: « M-mais… c’est u-une entrée. » Du coup, je vais m’abstenir de lui raconter la fois où j’ai repris un plat de pâtes après ma mousse au chocolat dans un excellent resto italien. (Oui, mais j’étais jeune et j’éliminais encore à peu près les sucres lents.)

Mercredi:

★ Depuis le temps que j’arpente le centre d’Aix-en-Provence, comment se fait-il que je découvre à peine aujourd’hui l’hôtel de Caumont, son café si chic, ses grands bouquets de fleurs fraîches, ses serveurs pleins d’humour et son crapuleux chocolat de Pauline préparé avec du Valrhona? Dommage que leur expo Raoul Dufy ne commence qu’en mai. Je vais devoir revenir. Et être obligée de dormir encore à la Maison du Collectionneur. Quelle grosse corvée.

★ Quand je lui réclame le cabillaud skrei et un verre de Chardonnay, le serveur du restaurant de l’hôtel Boyer d’Eguilles me félicite: « Madame a très bon goût ». Il s’attend sans doute à ce que je le remercie du compliment. Au lieu de ça, je me contente d’un sobre: « Oui, je sais ». Isa se marre.

★ Les chats de la librairie Chat Pitre pioncent sévère pendant que nous bavardons avec la vendeuse qui aime les histoires tragiques. Une fois de plus, je songe combien ça me manque d’en avoir à la maison. Une fois de plus, je me demande si je n’en reprendrais pas un – ou deux. Une fois de plus, je me souviens que mon idéal de vie, c’est de rester le moins longtemps possible au même endroit et de ne pas passer mes week-ends à faire le ménage, ce qui est fort peu compatible avec l’adoption d’un animal.

★ Quand je demande à Isa de filmer ma sortie des toilettes-Tardis de l’Antre de Calliopée pour ma seconde du jour, la jeune femme assise à la table voisine se met à rire: « Moi aussi, j’ai cette app, et mes amis en ont marre de que je leur demande de refaire le même truc 4 ou 5 fois d’affilée en ayant l’air naturel! ».

★ Après avoir quitté Isa près de la Rotonde, je repasse à l’hôtel chercher mon sac à dos. La réceptionniste m’intercepte et engage la conversation. Résultat: en arrivant à la gare routière, je vois mon bus de retour me passer sous le nez. Ca m’apprendra à me la jouer sociable.

Jeudi:

★ Verdict sur les madeleines de chez Christophe (les meilleures d’Aix selon Audrey Alwett): je valide les natures et celles à l’orange; en revanche, celles au citron sont trop fortes en goût pour moi.

Vendredi:

★ Qui c’est la gourdasse qui, malgré presque 30 ans d’expérience, a négligé de vérifier dans son contrat comment un nouvel éditeur définissait un feuillet, et cru qu’elle allait toucher beaucoup plus que ce qui vient réellement d’arriver sur son compte bancaire? Cémoiiiiii.

★ Après une semaine de tergiversations, je me traîne enfin à la Poste pour (r)envoyer deux colis. Un écriteau sur le rideau baissé m’informe qu’ils seront « exceptionnellement fermés cet après-midi ». Ca aurait été sympa de me prévenir que c’était la journée de la lose; je serais restée au lit avec un chocolat chaud et des madel… ah non zut, j’ai tout boulotté hier.

Samedi:

★ Déjeuner à l’Arganier avec une amie qui me dit qu’avant les Ukrainiens, les réfugiés syriens et irakiens ont été très bien accueillis ici, que le racisme systémique n’existe pas et qu’elle refuse d’avoir honte d’être blanche. Je réponds qu’une expérience individuelle n’a pas valeur de vérité statistique et que sans parler de honte – ni de fierté, d’ailleurs -, il me semble important d’avoir conscience de la notion de privilège. Elle réplique qu’elle aussi a dû affronter beaucoup de difficultés dans sa vie (vrai). J’enchaîne sur: « On peut être privilégié.e sur certains critères et discriminé.e ou désavantagé.e sur d’autres ». Autant je n’essaie même pas de discuter avec les fachos, autant avec les gens chouettes mais pas du tout déconstruits, je trouve que ça vaut la peine: ma propre prise de conscience sur beaucoup de sujets est finalement assez récente… Sentant que ça grince, je finis néanmoins par embrayer sur autre chose.

Dimanche:

★ Le chauffeur de taxi qui me conduit jusqu’à l’aéroport de Hyères m’explique qu’il appartient à « une des plus vieilles familles monpatelinoises ». Puis il entreprend de me dresser toute sa généalogie, ainsi que l’historique de ses rapports avec les maires successifs et avec une certaine Myriam (la fille de l’un d’eux? franchement j’ai décroché depuis belle lurette) avec qui « il ne s’est rien passé sexuellement, je vous rassure ». Le silence consterné qui émane de la banquette arrière ne l’arrête pas DU TOUT.

★ A peine assis, mon voisin de siège dans l’avion écarte largement les jambes et s’étale sur notre accoudoir commun. Je lance un sévère: « Il va falloir me laisser un peu de place, monsieur ». Le type marmonne que de la place, y’en a pas, qu’on est tous serrés et puis voilà. Mais il daigne ramener fractionnellement vers lui ses membres épars sans qu’aucun bruit de cristal ne vienne signaler le bris irrémédiable de ses testicules. On l’a échappé belle.

8 réflexions sur “La semaine en bref #219”

  1. Suite à la lecture de ce billet, je viens de découvrir que la saison 4 de The marvelous Mrs Maisel est disponible. Je crois savoir comment je vais occuper mes futures soirées…Merci !

  2. J’avoue que j’ai aussi beaucoup de mal avec cette notion de « déconstruction » du privilège blanc.

    1. Est-ce que c’est le terme de « déconstruction » qui vous semble opaque? Si oui, on peut plus ou moins le remplacer par « prise de conscience ». Ou est-ce que vous n’êtes pas convaincue de l’existence d’un privilège blanc / ne voyez pas très bien en quoi ça consiste?

      1. Effectivement le terme de « prise de conscience » est beaucoup plus parlant pour moi mais j’ai surtout du mal avec cette culpabilité que l’on fait peser sur les blancs et sur « l’homme blanc » en particulier.

        1. La formulation est un peu vague pour que j’y apporte une réponse précise, mais je vais hasarder l’hypothèse la plus probable, qui est que vous faites allusion au discours actuel par rapport à la colonisation et à l’esclavage. Et en effet, historiquement, les Blancs (en particulier les hommes, vu que c’était eux qui dirigeaient nos sociétés) ont commis de nombreuses exactions notamment par rapport aux personnes racisées. Il me semble important de l’admettre, non pas pour susciter une culpabilité stérile, mais pour se demander comment on peut faire mieux aujourd’hui.

  3. J’ai bien ri à l’anecdote sur l’entrée en dessert. Je le fais parfois quand tout le monde à table en prend, mais qu’aucune option ne me tente.

    Toutes tes descriptions d’Aix-en-Provence (dans ce billet et ceux de tes précédents séjours) me donnent très envie d’y passer un week-end.

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