[COPENHAGUE] Où nous rencontrons notre premier troll le ventre vide et les chairs congelées

 

Hier, je vantais la ponctualité infaillible des transports en commun locaux. Ce matin à 10h30, lorsque nous tentons de prendre le métro pour descendre à Christianshavn, les panneaux annoncent un arrêt de tous les trains en raison d’un problème technique et pour une durée inconnue. Ca m’apprendra à être optimiste. On marche sous la neige jusqu’à un arrêt de bus; par chance, la fréquence de passage du 2A est élevée, et il nous laissera plus près de notre destination que ne l’aurait fait le métro. Je suis pressée d’atteindre le Parterre, décrit un peu partout comme un « café délicieusement hyggelige », mais qui d’après sa page Facebook fermera aujourd’hui plus tôt que d’habitude – à 13h. En vérité, nous l’atteignons à 11h30, et l’endroit est déjà (ou toujours?) plongé dans le noir complet. 

(Yuleaften = Réveillon de Noël)

Températures négatives et ventre vide ne font pas bon ménage, mais je me dis qu’on trouvera bien un snack ouvert dans Christiania. (Spoiler: non, on n’en trouvera jamais. Des dealers de shit plein le Green District, oui. Un truc à grignoter une fois qu’un pétard éventuel nous aurait ouvert un appétit d’ogre: makache.) Car tel est notre objectif du jour: visiter cette drôle de « ville libre » autoproclamée fondée au début des années 70 par des squatters et des hippies. Nous ne sommes pas attirés par la vente de substances illicites – je suis trop vieille pour ces conneries et Chouchou n’a même jamais fumé une clope de toute sa vie -, mais par le street art qui pullule dans cette enclave baba cool. Les rues extérieures sont quasi désertes par ce temps glacial, et je crois que je préfère découvrir l’endroit dans ces conditions plutôt que grouillant d’autres touristes. Déjà, c’est carrément plus simple pour prendre des photos! En cherchant vainement un street art dino repéré sur internet, nous tombons par hasard sur un arbre festonné de vieilles chaussures et sur un autre artificiel réalisé à partir de bouts de ferraille. Puis nous passons un long moment à admirer notre premier troll de l’artiste danois Thomas Dambo, qui les sculpte à partir de matériaux recyclés. 

Le froid de magrets sur pattes finit par nous pousser en direction du métro Christianshavn. En effet, nous ne pouvons pas reprendre directement le bus en sens inverse: l’app de transports en commun refuse de vendre des tickets à Chouchou parce que son fournisseur de 4G n’est pas identifié comme local (même si son téléphone est géolocalisé à Copenhague); on ne peut pas en acheter au chauffeur, et il n’y a pas de distributeurs aux arrêts de bus, seulement dans les stations de métro. Une fois les précieux bouts de carton en main, nous effectuons une halte reconnaissante dans une boulangerie ouverte pour acheter des pains au chocolat qui se révèleront dix fois plus sucrés que ceux dont nous avons l’habitude – mais à ce stade, on ne va pas faire les difficiles. Au lieu de prendre le métro pour regagner rapidement nos pénates, nous attendons le bus 2A dans l’idée de faire deux haltes photos rapides: une à l’entrée de Christiansborg, le palais royal, et la suivante près du Tivoli encore plus beau que d’habitude saupoudré de blanc. Chouchou termine les mains paralysées par le froid; quant à moi, je pense que seule ma robuste constitution m’empêchera d’attraper la mort après avoir posé sans ma parka. 

De retour à l’Air BnB, nous nous faisons chauffer une simple soupe à la tomate, car il est trop tard pour un déjeuner normal. Nous passons le reste de l’après-midi bien au chaud à trier nos photos, à travailler nos contenus et à jouer à nos jeux respectifs (Chouchou est aussi accro à Marvel Strike Force que moi à June’s Journey). Le soir, Chouchou prépare de délicieux spaghetti au butternut que nous accompagnons d’un cheesecake aux fraises acheté surgelé, puis nous regardons les deux tiers d’un film-catastrophe avant que je ne commence à décrocher. Vers minuit, j’échange quelques textos avec ma soeur et Attila. Je n’ai toujours pas décidé si j’appellerais ma mère demain ou pas. 

1 réflexion sur “[COPENHAGUE] Où nous rencontrons notre premier troll le ventre vide et les chairs congelées”

  1. La "statue" arbre en fils torsadés est très élégante et sa couleur colle parfaitement avec la saison 🙂
    Les fresques sont très jolies aussi. Merci de nous faire profiter de ton voyage.

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