[VARSOVIE] Où je tombe amoureuse de Ryszard, et où Josef est le voisin de toutes les stars du rock

 

Lorsque nous émergeons mercredi matin, il pleut des cordes sur Varsovie. Pour un peu, on croirait n’avoir jamais quitté la Belgique! Nous profitons d’une brève éclaircie pour aller chercher des viennoiseries à une boulangerie voisine. Ma soi-disant brioche au chocolat se révèle fourrée à la frangipane, que j’ai en horreur. Je l’échange contre le croissant tout simple de Chouchou, qui s’avère être un pain au chocolat déguisé. La fourberie boulangère internationale a encore frappé (mais le Japon en reste le champion incontestable). 

Vers midi, nous traversons la rue pour aller déjeuner au resto vegan d’en face: The Botanist. Pas question de manger dehors avec cette météo; aussi, nous nous installons devant une porte-fenêtre grande ouverte pour compenser. Chouchou commande un steak de chou-fleur mariné à la harissa et moi un curry jaune thaï. Les deux sont absolument délicieux. J’adore aussi ma boisson maison à base de jus de pastèque et d’aloé vera (je sens comme qui dirait une mode locale, mais loin de moi l’idée de m’en plaindre).

Sous une pluie battante, nous prenons le bus 116 jusqu’à son terminus de Wilanow, à une demi-heure de trajet au sud de la ville. C’est au pas de course et quasiment en aveugle que nous traversons l’enceinte du palais jusqu’au Muzeum Plakatu dédié aux affiches polonaises. Il existe en effet tout un art graphique local dont j’ignorais l’existence avant-hier matin, mais dont les premiers aperçus dans des boutiques de souvenirs m’ont immédiatement séduite. Lorsque nous pénétrons dans le bâtiment rectangulaire dont la modernité et l’austérité contrastent très fort avec l’esthétique quasi versaillaise du palais voisin, nous sommes tout d’abord déçus. En effet, au lieu de la collection permanente variée que nous nous attendions à voir, il n’y a qu’une expo temporaire consacrée au travail d’un dénommé Ryszard Kaja – notamment, à une collection de 160 pseudo-affiches touristiques réalisées durant les 7 dernières années de sa vie. 

Puis nous commençons à détailler les affiche en question et… wow. C’est sublime. Des références très personnelles louchent du côté du fantastique et de l’étrange, voire du morbide, avec ça et là une touche d’humour inattendu. On ne capte rien et on est touchés par (presque) tout. Je voudrais emporter un catalogue de l’expo, ou au moins un recueil des oeuvres de l’artiste. Comme il ne semble pas en exister, ni dans la minuscule boutique du musée ni en ligne chez Satan, je me rabats sur un énorme paquet de cartes postales dont l’achat donne lieu à un dialogue assez comique entre moi qui ne comprends pas un mot de polonais et les deux employés qui ne parlent pas un mot d’anglais. Je ressors de là en dansant presque, éblouie par toute la beauté que je viens de prendre dans les yeux. 

Entre-temps, la pluie a cessé. Au moment de ressortir de l’enceinte, nous tombons sur une pub pour une expo de planches naturalistes. Les couleurs ont l’air somptueuses et l’histoire naturelle, généralement, on apprécie tous les deux. Hélas, le palais est fermé aux visites les mardi et mercredi. Peut-être repasserons-nous demain ou après-demain si nous avons le temps. Nous sautons dans le bus 519 pour remonter vers le centre moderne, notamment le PKIN ou palais de la culture et de la science – une horreur stalinienne qui est sans doute l’emblème architectural de la ville. De nos jours, son descriptif promet qu’il abrite des cafés, des restaurants, des magasins et plusieurs musées. Au premier abord, ça peut sembler assez attrayant. En réalité, l’intérieur est totalement creepy, limite sinistre. Nous en ressortons assez vite dans un état de grande perplexité. 

Il fait soif. Nous allons nous poser devant un verre de limonade au Hard Rock Café voisin. Comme c’est l’heure du goûter et que je n’ai pas envie de sucre, nous commandons aussi un jumbo combo à base d’ailes de poulet, d’onion rings et de mini-bruschetta. A une époque, je dînais au HRC de toutes les villes que je visitais, et j’y achetais aussi un T-shirt pour ma collection. Je m’en suis lassée il y a un petit moment, mais du coup, j’ai plaisir à y revenir après plusieurs années. Et, oui, bien que le choix de T-shirts pour femme soit toujours aussi minable à côté des modèles pour homme, je me laisse quand même tenter par le Rockabilly à col bateau en coton anthracite tout doux. De son côté, Chouchou est incapable de résister à l’appel de la sirène de Varsovie sur fond blanc. 

Nous rentrons au studio à pied, l’occasion de constater que mon sens de l’orientation est toujours aussi minable. Dans le supermarché repéré hier, nous achetons de la soupe de champignons pour notre dîner et de quoi petit déjeuner demain matin: l’après-midi s’annonce pluvieux, et nous voulons décoller tôt le matin pour pouvoir profiter quand même de notre journée. Notre soirée est ponctuée par les notes de jazz d’un concert en plein air s’introduisant par la fenêtre entrebâillée.

2 réflexions sur “[VARSOVIE] Où je tombe amoureuse de Ryszard, et où Josef est le voisin de toutes les stars du rock”

  1. Ces affiches sont splendides ! J'aurais bien mis cette visite sur ma Bucket list, mais une expo temporaire, ça ne va pas le faire…

    Mélusine

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