[VARSOVIE] Où les sorciers sont innocents et les escaliers bien trop nombreux

 

La literie de notre studio-hôtel est très confortable, et après nous être écroulés hier soir vers 22h45, nous avons bien dormi. Nous émergeons relativement tôt et partons en quête d’une supérette où acheter des provisions pour le petit déjeuner. Après avoir beaucoup tourné dans notre quartier pourtant pourvu de nombreux commerces, nous devons nous rendre à l’évidence: nous n’arrivons à trouver que des convenience stores qui vendent le strict minimum. Tant pis pour ce matin – nous nous contenterons d’une viennoiserie chacun, d’un yaourt nature (pour moi) et d’une banane pour Chouchou. J’ai de toute façon apporté du bon thé, et en ce qui me concerne c’est la seule chose dont j’ai besoin pour décoller. Nous passons la matinée au studio: achat en ligne des billets de train pour Cracovie, blogging pour moi, boulot pour Chouchou et préparation de l’itinéraire de l’après-midi. 

En cherchant où manger le midi près de notre première destination du jour, je tombe sur un restaurant dont le nom traduit en français donne « Sorciers innocents » et dont la carte bien que très peu locale nous séduit au premier coup d’oeil. C’est une excellente pioche. Situé dans un quartier de bureaux aux rues piétonnières calmes et ombragées, le Niewinni Czarodziedje propose comme tous ses voisins une grande et agréable terrasse. Nous nous y partageons une salade de canard, une soupe aux gyoza et un donburi aux tempura de crevettes, tous les trois assez recherchés dans la composition et l’assaisonnement. Je kiffe aussi beaucoup ma limonade à l’aloé vera. 

Nous mettons ensuite le cap sur la bibliothèque universitaire voisine, qui présente la particularité d’avoir un jardin sur le toit. Faute d’accès clairement indiqué, nous cherchons un moment et longeons l’impressionnante bâtisse à la façade moderne vert-de-gris, dont les immenses panneaux sont couverts d’inscriptions en divers alphabets et langages. Une employée mal aimable nous pointe enfin dans la bonne direction. Le soleil cogne assez fort à ce moment-là et la lumière est très contrastée, mais nous réussissons quand même à prendre quelques bonnes photos. Le mélange de verrières, de passerelles métalliques, de dômes transparents et de végétation touffue me fait penser au château dans le ciel de Miyazaki. Par contre, mon guide promettait la présence d’un glacier et je ne le vois nulle part – remboursez!

Nous rejoignons ensuite Stare Miasto à pied. Ce trajet est l’occasion de confirmer notre impression d’hier: au premier abord, Varsovie paraît plutôt plate; en réalité, je n’ai jamais monté et descendu autant d’escaliers en l’espace de 24h.  Il y a là des superpositions de plans qui donnent le vertige: par exemple, cette autoroute qui passe littéralement sous une des places les plus emblématiques de la vieille ville…  Nous nous livrons à une exploration plus poussée qu’hier, incluant notamment un tour des points de vue notables. Il fait de nouveau une météo parfaite, et je suis agréablement surprise de voir si peu de monde  – à type d’architecture très similaire, quel contraste avec notre séjour à Tallinn, il y a deux ans à la même époque! Les rues grouillaient littéralement de touristes, alors qu’ici, on a largement la place de ne croiser personne à moins de trois ou quatre mètres. Ce qui tombe bien, car 0% des gens portent un masque en extérieur. Dans les transports en commun et les commerces, ça peut aller, mais dehors, on se croirait en 2019. 

Quand nos vieilles jambes commencent à protester (la cinquantaine, ce n’est pas une blague: en l’espace de quelques mois, c’est dingue comme on s’est raidis et comme on a perdu en endurance tous les deux…), nous nous posons à la terrasse de chez E. Wedel, le chocolatier star de Varsovie. L’intérieur est vraiment très beau dans le genre chic discret, avec ses deux salles spacieuses, ses banquettes en cuir, sa fontaine gazouillante et son élégant néon au mur, mais par un temps pareil, même un vampire dans mon genre n’envisage pas de s’enfermer. Je savoure un délicieux chocolat noir glacé, tandis que Chouchou se délecte d’un dessert à base de chocolat blanc, de cassis et de glace vanille. Avant de partir, j’achète un pot de chocolat en poudre pour moi et un de pâte à tartiner aux noisettes pour notre voisine de Bruxelles qui a gentiment accepté de réceptionner courrier et colis en notre absence. 

Requinqués par cette longue pause, nous redescendons vers l’église Ste-Anne et payons chacun l’équivalent de 2,50€ pour le privilège de gravir l’équivalent de dix étages jusqu’en haut du clocher. Le panorama nous révèle qu’au-delà de l’enceinte relativement réduite de Stare Miasto, le reste de la ville se compose d’immeubles de béton massifs et plutôt très moches, comme on s’y attendait. 

Nous faisons traîner encore un peu jusqu’à l’heure du dîner, puis allons signaler à la serveuse de chez Zapiecek que nous sommes intéressés par la prochaine table qui se libèrera dans la ruelle. Nous n’attendons qu’une dizaine de minutes avant de pouvoir nous installer. Cette fois encore, nous choisissons de commander trois plats à partager: une soupe de chou sûr accompagnée d’une saucisse et de pain noir, des gnocchis avec une sauce aux champignons à la crème et des croquettes panées à la viande et au fromage. Ouais, que du light. Je cale d’ailleurs assez vite. Pour arroser tout ça, nous avons choisi deux limonades maison et, sur la recommandation de la serveuse, j’ai ajouté à la mienne un shot de liqueur de mûre locale qui me plaît tellement que je lui demande de m’écrire le nom de la marque sur un papier. Prix total du festin avant pourboire: 122 zlotys, soit environ 27 euros hors frais bancaires.  

Pris de flemme, nous décidons de rentrer en bus comme hier soir. Le dieu de la promenade digestive ne l’entend pas de cette oreille: au bout de deux cents mètres, le 518 tombe sur un barrage qui l’oblige à faire un immense détour. Quand les 20 minutes de notre ticket se terminent (pour un trajet qui aurait dû en prendre moins de 5), nous sommes coincés dans des embouteillages plus loin de notre hébergement que lorsque nous sommes montés à bord. Nous finissons par descendre pour continuer à pied. En arrivant au croisement entre la Voie Royale et notre rue, nous découvrons l’existence d’un grand supermarché à exactement 50 m de notre porte d’entrée. Comment avons-nous fait pour ne pas le voir ce matin? Mystère. 

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