[BELGIQUE] Un atelier de fauconnerie au Jardin des Hiboux #2

 

Après le déjeuner, Stef et Wouter nous répartissent en deux groupes et confient à chacun d’eux un drôle d’appareil hérissé d’antennes. C’est un récepteur qui sert à retrouver les pensionnaires enfuis ou égarés grâce à l’émetteur dont ils sont équipés, et qui émet sur une fréquence spécifique aux fauconniers. Lorsqu’on le pointe dans la direction approximative de l’oiseau, il émet un bip qu’il s’agit de suivre en baissant le son au fur et à mesure pour affiner la localisation. Ces expéditions, qui se compliquent si le fugitif s’éloigne beaucoup ou se déplace pendant la recherche, font partie du quotidien des fauconniers et prennent parfois plusieurs jours. Mais seuls les rapaces en formation sont équipés d’émetteurs, et il arrive parfois que d’autres s’échappent pendant les séances de vol. Généralement, ils finissent par revenir d’eux-mêmes. Wouter nous raconte cependant que depuis qu’une femelle de la même espèce s’est installée dans la forêt voisine, un de leurs mâles s’absente régulièrement et met de plus en plus de temps à rentrer au bercail – et qu’un jour, sans doute, il ne reviendra pas. Il le prend avec philosophie. Les animaux n’appartiennent qu’à eux-mêmes…

Une fois que nous avons retrouvé l’émetteur planqué par Stef et Wouter aux abords du Jardin des Hiboux, nous retournons au terrain pour faire voler les petits rapaces. Nous nous disposons en deux lignes face à face (sauf Chouchou qui s’abstient pour mieux photographier et filmer) et écoutons les instructions des dresseurs. On se place de profil avec le bras gauche tendu en avant, l’extérieur tourné vers le rapace pour ne pas se faire arracher l’épaule par l’élan des plus gros. Pour les faire venir, on crie leur nom et soit on agite un morceau de viande derrière la main gantée (dans le cas des plus petits), soit on pose directement l’appât sur le gant. Si on nourrit l’oiseau, on doit le faire en tenant la viande entre pouce et index, les doigts à l’horizontale pour ne pas risquer de se faire pincer, et aller à la rencontre de son bec pour jeter l’appât dedans au lieu d’attendre qu’il avance la tête pour le prendre. 

On commence par les deux petites chouettes de ce matin, Guy et Fender, puis on monte en gamme peu à peu: une chouette effraie appelée Chouffe, le milan Lan que Chouchou promenait ce matin, un aigle bleu né avec un seul oeil et nommé Pepper… Ces oiseaux sont bien entraînés; avec l’aide de Stef et Wouter, même des débutants comme nous n’ont pas de grosse difficulté à les appeler. Et c’est totalement magique de les recevoir sur le poignet, de les nourrir et de pivoter pour leur permettre de repartir vers la personne suivante. (Moins magique: manipuler les bouts de viande, qui ne sont pas des bribes de steak comme je l’imaginais bêtement, mais des morceaux de poussins ou de souris mortes. Le premier que je reçois est une petite patte parfaitement reconnaissable, et sur la fin, Stef déchire une souris en deux à mains nues avant d’en poser un bout sur mon gant. Je, glups.)

Nous nous interrompons car l’heure de la démonstration approche, et les spectateurs commencent à affluer autour du terrain. Conformément aux recommandations sanitaires en vigueur, Stef et Wouter les placent en respectant un écart de 1,50m entre les bulles de gens venus ensemble. Puis ils vont chercher les oiseaux l’un après l’autre et les font voler en expliquant leurs particularités individuelles – Stef en français et Wouter en flamand. On sent que leur numéro est bien rôdé; leur voix porte loin et ce qu’ils racontent est à la fois drôle et intéressant. Pour ne pas créer de fausses idées, ils répètent encore une fois que les rapaces ne sont pas des animaux mignons mais des prédateurs impitoyables – et ils jettent souris ou poussins entiers dans leur bec pour qu’on les voie bien avaler tout rond. Les jeunes enfants dans le public sont assez impressionnés. Le clou du spectacle, c’est l’appel d’un faucon lanier qui monte très haut dans le ciel, jusqu’à n’être plus qu’une petite silhouette noire contre les nuages, et qui tourne là-haut plusieurs minutes avant d’entamer son piqué spectaculaire vers Wouter. Pour conclure, Stef va chercher l’énorme vautour que j’avais aperçu ce matin. Il s’appelle Mowgli; c’est un vautour à tête blanche à l’envergure impressionnante et à l’allure majestueuse. Wouter évoque le dégoût injuste (d’après lui, c’est la faute des dessins animés) dont sont victimes ces oiseaux tout aussi dignes d’intérêt et d’admiration que les autres rapaces. 

Le spectacle terminé, le groupe des apprentis d’un jour se réunit de nouveau sur le terrain pour faire voler les deux derniers oiseaux. D’abord une très grosse chouette harfang qui ne s’appelle pas Hedwig mais Danielle; les marques brunes sur ses plumes blanches indiquent qu’il s’agit d’une femelle, et que le familier intégralement blanc du héros dans les premiers films d’Harry Potter était donc un mâle – même si ça a changé par la suite, et Wouter aimerait bien savoir pourquoi! (Réponse de vieille rôliste: « Ta gueule, c’est magique. ») Puis le fameux Mowgli, très dur à tenir longtemps à bout de bras avec ses 5 kilos. Mais quelle beauté! Je n’aurais jamais cru dire ça d’un vautour un jour, et j’aime bien quand on me fait perdre mes préjugés idiots. 

La journée touche à sa fin et les oiseaux assommés par la chaleur rechignent de plus en plus à voler – une activité aussi épuisante pour eux que le serait pour nous le fait de piquer des sprints d’un bout à l’autre du terrain. Nous disons au revoir et reprenons le chemin de Bruxelles avec des étoiles plein les yeux. J’ai adoré cette initiation à la fauconnerie; j’ai très envie de parrainer un des oiseaux du Jardin des Hiboux et de revenir le plus vite possible. Je ne me vois pas consacrer ma vie à m’occuper d’animaux, parce que c’est incompatible avec le fait de voyager (ou même de prendre le moindre jour de repos une fois de temps en temps). Mais je me rends compte à quel point le contact avec eux m’apaise et me remplit de joie. Il me semble que ça mérite d’être cultivé d’une façon ou d’une autre. 

Pour toute réservation au Jardin des Hiboux, passer par leur site internet

Les photos qui illustrent cet article ont toutes été prises par @mtlm

5 réflexions sur “[BELGIQUE] Un atelier de fauconnerie au Jardin des Hiboux #2”

  1. Les photos !!! Encore bravo au photographe, c'est splendide !
    Tu as vécu un moment de rêve.

  2. Je voulais juste dire que j'avais vraiment bien aimé ce billet (et le précédent) – les oiseaux, c'est pas mon truc, et je me vois bien plutôt derrière l'appareil photo aussi (très chouettes photos, d'ailleurs), mais j'ai trouvé ton reportage fascinant 🙂

    (Aussi : j'aime beaucoup ton t-shirt 😉 )

  3. Merci pour cette belle expérience ! Ça donne envie. Bravo à Chouchou pour les photos, magnifiques !

  4. Le vautour est magnifique dans son style de vautour 😉
    J'adore les oiseaux et souvent les animaux déplaisants pour beaucoup (sauf les insectes, là je suis réfractaire), notamment les corbeaux. J'ai eu l'occasion de les observer de près et ils sont fascinants (et beaux!) Bref, merci pour ce récit et les photos, ça donne envie.

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