Déconstruction intérieure

Début janvier, j’avais décidé que le grand chantier de 2020 serait la rénovation de mon appartement et la prise de renseignements administratifs, afin de préparer la mise en vente ou en location dudit appartement et mon expatriation en Belgique début 2021. Et ça me stressait d’avance de penser à tout ce que je devrais gérer seule, les prises de tête humaines ou administratives que ça engendrerait, les erreurs susceptibles d’impacter ma situation financière, sans compter le bordel matériel du déménagement lui-même.

Puis le confinement et ses suites m’ont obligée à regarder en face une vérité que je tentais de fuir depuis trop longtemps: mon chantier prioritaire, ça devait être ma santé mentale, bien entamée par la mort de Brigitte puis de mon père, aggravée par les périodes de chômage technique de 2018 et 2019 et laissée quasiment pour morte par le Covid-19. Comme je suis du genre pro-actif et très orientée solutions, j’ai décidé bien qu’à contrecoeur de reprendre des anti-dépresseurs pour soigner les symptômes à court terme, puis d’entamer une TCC afin d’éradiquer le mal à la racine en reprogrammant mes mauvais processus mentaux. 
Mais en discutant avec mon amoureux et des amies qui souffrent de troubles similaires, je me suis rendu compte que le problème était encore plus profond qu’il n’y paraissait. L’anxiété n’est pas juste un parasite qui m’empêche de profiter de la vie au quotidien et me donne régulièrement envie de me foutre en l’air. Elle ne s’est pas contentée de se superposer à la personne que j’étais avant: elle m’a radicalement transformée. Avant 2008, j’étais insouciante et un peu tête brûlée, capable de prendre des décisions radicales sur un coup de tête. Parfois, ces décisions se révélaient désastreuses (me marier avec quelqu’un de pas du tout fait pour moi, partir vivre aux USA avec de parfaits inconnus), mais je n’avais peur de rien ou presque, et en cas de coup dur, j’avais confiance en ma capacité à rebondir. Je me cassais souvent la gueule, mais je me sentais quasi indestructible et pleine d’espoir en l’avenir. 
Récemment encore, je me serais définie comme quelqu’un d’hyper-solide et autonome, deux qualités que j’avais cultivées avec soin et dont je tirais une immense fierté. Ca m’avait déjà fait mal, lors de mes périodes de chômage technique, de réaliser à quel point mon identité et mon estime de moi dépendaient de mon boulot. Là, je dois me rendre à l’évidence: les événements des dernières années m’ont rendue friable, froussarde et dépendante d’une ancre extérieure pour réussir à garder les pieds dans la réalité. L’éloignement de ma famille, surtout, m’a privée d’une partie importante de mes fondations. L’anxiété a piraté mon énergie et ma personnalité. Je continue à avoir mille idées ou envies à la minute, et je n’en explore presque plus aucune parce que je bloque d’entrée sur tous les obstacles réels ou imaginaires qui pourraient se présenter. Je deviens frileuse et m’englue dans des situations peu satisfaisantes par peur du changement. Je ne me crois plus capable de gérer la moindre difficulté sans avoir envie de m’ouvrir les veines. 
Bref, je n’aime pas du tout la personne que je suis devenue, cette personne gouvernée par ses craintes qui n’accomplit plus rien d’intéressant et peine à profiter d’une existence pourtant privilégiée. Il y a quelques années, j’avais défini mes priorités, les choses qui donnaient du sens à ma vie. Elles étaient très claires et au nombre de trois: passer du temps avec les gens que j’aimais, voyager et créer. Mais ma famille n’a plus vraiment de temps pour moi – et je n’ai pas souhaité fabriquer la mienne, ce qui est entièrement ma faute. Mon dernier voyage remonte à octobre dernier; le prochain ne pourra pas avoir lieu avant cet automne dans le meilleur des cas, et je me pose de sérieuses questions sur l’évolution du tourisme dans un avenir proche. Faute de carburant pour l’alimenter, ma créativité se retrouve à sec. Mettre mes idées noires par écrit peut être intéressant dans une certaine mesure, mais assez vite, ça devient du ressassement malsain. Ce que j’aime partager, moi, ce sont les belles choses et l’enthousiasme qu’elles m’inspirent. En ce moment, j’avoue que je peine à en trouver. En moi-même plus que n’importe où ailleurs.

2 réflexions sur “Déconstruction intérieure”

  1. Ça me touche de sentir ton mal-être et de voir combien cette anxiété impacte ta vie. La santé, qu'elle soit physique ou mentale (et sont souvent liées) est une priorité à donner à nos vies comme tu l'as si bien expliqué. Je souhaite de tout cœur que tu puisses retrouver un nouvel équilibre, que tu puisses reconstituer des ressources pour retrouver de la joie au quotidien

  2. ElanorLaBelle

    Notre situation personnelle n'est pas la même, pourtant je retrouve dans tes mots (et maux) un écho à ce que je vis et ressens. Ce confinement a "achevé" ma santé mentale et émotionnelle, déjà bancale mais qui tenait debout pour ma part grâce à un mélange de voyages et de projets. J'espère de tout coeur que tu vas réussir à te retrouver et que cette période difficile va rapidement se décanter. C'est bête à dire, mais le seul mot qui me vienne c'est courage ♥♥♥

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