Un week-end où j’ai du mal à rester ici et maintenant

Comment ça, à peine 8h40?; ouh, ben, je vais finir ma nuit sur le canapé avec ma jolie couverture qui sent bon le mouton; résister à la tentation de couper moi-même cette frange incoiffable; aujourd’hui encore, petite crème Nok, merci de sauver la vie de mes pieds; « Ici et maintenant », on a dit qu’on se concentrait sur le « Ici et maintenant » et pas sur les malheurs qui pourraient se produire d’ici quelques années; je suis condamnée à toujours admirer de loin cette barque de pêche posée au milieu d’un champ sans jamais pouvoir la prendre en photo; j’ai juste le temps de m’arrêter à la Poste pour renvoyer le collant des Queues de Sardine reçu en nature et rouge au lieu du crème et bleu que j’avais commandé; les nouveaux propriétaires du Sur la place ont supprimé les formules, l’assiette fraîcheur et toute autre option végétarienne: la prochaine fois, Kiki et moi, on change de crèmerie; difficile de s’entendre par-dessus la cornemuse du pub voisin; grosse envie de prendre le premier bus pour rentrer chez moi et passer l’après-midi à chialer en boule sur mon canapé; et si je m’offrais une paire de sandales jolies-mais-confortables pour me changer les idées?; maintenant que j’ai fait trois courses à Carrefour, je suis trop chargée pour me traîner jusqu’à la plage; de toute façon, il doit faire beaucoup trop chaud en plein soleil, allons plutôt bouquiner sur une terrasse ombragée avec un jus de fruit; l’écriture de Maria Ernestam me séduit autant dans ce nouveau roman que dans « Les oreilles de Buster »; petite demoiselle qui gratte timidement ta guitare à quelques mètres de moi, ce n’est pas parce que tu nous as déjà interprété quatre fois chacun des morceaux de ton maigre répertoire qu’il faut t’attaquer à « Hallelujah » dont tu ne connais visiblement pas les paroles; même si je vivais un siècle, je ne me lasserais jamais de contempler cette fabuleuse fontaine; 20 mn avant le prochain bus, ça me laisse juste le temps de foncer chez Micka m’acheter une part de Tropézienne; « Ici et maintenant », on a dit! – ne te laisse pas assaillir par tes idées noires juste parce que tu es dans le bus sans rien d’autre pour t’occuper; vouloir instagramer sa bouffe = être obligée de passer dix minutes à la rendre présentable; si le voisin laisse sa techno à fond juste sous mes fenêtres pendant toute la soirée, il va y avoir du sang; chaque année, je me dis que je devrais faire un truc pour célébrer la journée la plus longue, et chaque année, je ne fais rien; tiens, je vais me regarder le film « Dead like me », comme ça je saurai pourquoi je pleure; …en effet, y’a que l’embarras du choix; après le « c’est une question d’hygiène de vie », le « demande-toi ce que tu ne veux pas voir » est le deuxième diagnostic (posé sur un problème héréditaire par une personne ayant fait exactement 0 année de médecine) qui me donne envie de hurler en l’espace de 48h; voyons si ce Zopiclone périmé depuis 2008 fait encore effet.

J’avais oublié comme je me réveillais brusquement après avoir pris un somnifère; je travaille toujours le dimanche quand je suis à Monpatelin, parce qu’il n’y a pas grand-chose d’autre à faire, mais aujourd’hui j’ai un mal fou à m’y mettre; d’une page sur l’autre, le comptoir en marbre devient un comptoir en bois ciré (a.k.a. l’effet « ta gueule, c’est magique! »); à quel point ça peut bien être difficile de recoller les quatre planches d’un meuble à chaussures?; réponse: assez difficile, en fait, si le tube de colle méga-extra-forte-qui-soulève-des-camions-de-plusieurs-tonnes, acheté la veille, se révèle malgré son volume apparent ne contenir que de quoi assembler deux planches, et si le tube de colle spéciale bois retrouvée dans la boîte à outils est tellement vieux que quand on presse dessus côté embout, le fond explose; commencer la seconde moitié de sa journée de travail à 17h, est-ce bien raisonnable?; armons-nous d’un peigne et d’une paire de gants en caoutchouc, et refaisons cette colo; 3 cuillères à soupe d’huile d’olive en plus de la cuillère à soupe de crème fraîche, ça fait un peu beaucoup pour un pauvre mugcake: je vais diviser par deux; « ivre de thé glacé, elle attaque sa frange incoiffable aux ciseaux de scrapbooking »; …euh, ben, au moins j’aurai pas chaud au front cet été, et la ligne droite, c’est un concept très surfait; une deuxième robe vendue sur ma page vide-dressing; ici et maintenant, mes angoisses délirantes, mon front bien dégagé, mon Zopiclone périmé depuis 6 ans et moi-même allons nous coucher tôt pour une fois.

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