[EDIMBOURG] Où je raye un truc sur ma bucket list

En ce samedi 31 octobre, il est déjà 10h30 lorsque nous quittons notre guesthouse. Comme il fait soleil et pas trop froid, nous décidons de nous rendre à pied jusqu’au jardin botanique de la ville. C’est l’occasion de traverser un parc dans lequel a lieu une course dont beaucoup de participants sont déguisés ou au minimum accessoirisés dans l’esprit d’Halloween. Ils ont l’air de bien s’amuser, pour des gens qui sont en train de cracher leurs poumons par un beau samedi matin où ils auraient pu se contenter de boire un café en terrasse. Le fonctionnement de l’esprit humain est un mystère impénétrable.

Entrée au jardin botanique par la porte ouest, et petit tour obligatoire à la très belle boutique où je craque pour un mug champignon. Nous voulions voir la palmeraie qui a rouvert récemment, mais les seuls créneaux de visite encore disponibles aujourd’hui tombaient à un moment où nous avions déjà quelque chose de prévu. Nous nous contentons donc d’arpenter les allées en profitant des couleurs d’automne et en admirant, ici le plus vieil arbre du parc qui a été étêté par une tempête l’an dernier, là, un châtaignier mort préservé pour servir d’habitat aux insectes xylophages et aux chauve-souris.

Non loin de la porte est, nous jetons un coup d’oeil au Gently Mad, un bouquiniste chez qui on peut également faire effectuer des travaux de reliure. L’endroit est minuscule et pris d’assaut par les curieux dans notre genre, mais son propriétaire trône et oeuvre imperturbable sur une mezzanine au-dessus de la mêlée. La musique qui passe dans la boutique me plaît beaucoup; Shazam m’informe que c’est un groupe de rock alt nordique appelé Kalandra. A explorer plus tard.

Retour toujours à pied – et dans ce sens, punaise, ça monte! – vers la vieille ville pour manger notre traditionnel lunch de bangers & mash chez MUMS. Nous y sommes reçus par une serveuse gouailleuse et trois jeunes au look alternatif qui accentuent le côté populaire hyper-sympathique de l’endroit. Toujours un sans faute.

Puis nous profitons de ne pas être loin pour faire un tour au musée national d’Ecosse, mais contrairement aux National Galleries, il se renouvelle peu et je ne le trouve guère intéressant qu’à la première visite. Nous ne nous y attardons pas.

En sortant, nous voulons aller boire un verre au pub Frankenstein, mais bien entendu, il est pris d’assaut en ce jour d’Halloween. Nous traînons sur la mezzanine le temps d’écouter le « Run to the hills » d’Iron Maiden et le « Maria » de Blondie; puis nous nous avouons vaincus et nous dirigeons d’ores et déjà vers le Stramash où je compte bien réaliser un des items de ma bucket list: participer à un ceilidh.

Arrivés presque une heure en avance, nous patientons dans une salle quasi vide, et je commence à m’inquiéter un peu quand les musiciens (un batteur, un clavier, une violoniste) déguisés en petits cochons montent enfin sur scène pour faire leur balance.

La première danse que le batteur explique est destinée aux couples, et je reste sur le côté pour voir comment ça se passe. La public se compose de beaucoup de touristes, dont certains comprennent mal l’anglais et ne sont pas nécessairement dotés d’un sens inné du rythme. Du coup, c’est un peu le bordel. Mais c’est un très, très joyeux bordel, bon enfant et plein d’énergie. Malgré la date, assez peu de gens sont venus costumés; je repère quand même une poignée de sorcières, un squelette, un Wolverine et une fille avec un tranchoir planté dans le crâne.

A la deuxième danse, faite pour des groupes de six, je me lance en laissant Chouchou garder nos affaires et documenter le bouzin. Je me retrouve entre une jeune femme qui s’excuse d’avoir les mains froides, et un type de mon âge, courts cheveux blancs et fringues intégralement noires. J’ai écopé de la place du milieu, celle où il faut bouger le plus, et à partir de la moitié du morceau, je commence à devoir économiser mon souffle pour tenir jusqu’à la fin. Mais quel fun! Je ne m’étais pas autant amusée depuis des lustres.

Je me contente d’observer les cinq danses suivantes, et dans deux cas, je le regrette très fort tellement elles ont l’air jouissives. Deux des hommes, un trentenaire indien à cheveux mi-longs et un quadra barbu en kilt de tartan bleu et vert, semblent travailler pour le pub: ils maîtrisent les pas à la perfection, bondissent comme des cabris et semblent infatigables. C’est aussi eux qui mettent de l’ordre dans les rangs quand les formations se délitent trop. C’est très chouette de les regarder.

Quand le batteur annonce la dernière danse, je me lève, et je retrouve sur la piste la jeune femme aux mains froides. Elle m’avoue un peu timidement: « C’est la première fois que je fais ça »; je réponds que moi aussi. A ce stade, c’est la foule au milieu de la salle. Nous formons deux lignes parallèles que les partenaires descendent deux par deux en tournoyant bras-dessus bras-dessous, d’abord avec la personne de gauche, puis entre eux, puis avec la personne de droite. Nous nous bousculons joyeusement dans un chaos à peine contrôlé, vite à bout de souffle mais le visage illuminé de plaisir. Je n’ai jamais touché volontairement autant de personnes dans un si bref laps de temps, et je suis saisie par un de ces grands élans d’amitié pour de parfaits inconnu.es qui sont généralement l’apanage des gens très, très bourrés (alors que j’ai à peine bu une pinte de cidre pression).

A la fin, pendant que les trois petits cochons prennent congé, je demande à ma partenaire comment elle s’appelle et d’où elle vient: Claire, du Canada. Nous échangeons un sourire ravi et un « merci d’avoir dansé avec moi ». Je me sens comme une petite fille qui s’est fait une amie d’un jour au parc ou à la plage. Je suis sûre que dans des années, nous nous rappellerons encore toutes les deux de ce moment, de la joie étourdissante et fugace partagée avec une inconnue. C’était la dernière étape de ce voyage, et de très loin ma préférée. Comme toujours, je vais avoir le coeur déchiré de quitter l’Ecosse demain.

2 réflexions sur “[EDIMBOURG] Où je raye un truc sur ma bucket list”

  1. Ah là là, à te lire, qu’est-ce que les bals folks me manquent… Ils étaient pour moi des temps suspendus, de musique et de partage, où tous les âges se mêlaient avec, en général, beaucoup de bienveillance et toujours des personnes prêtes à apprendre aux autres *Soupire doucement*

  2. Comme toujours, ça donne envie de sauter dans un avion pour vivre la même chose ! J’avais testé un ceilidh pendant mon séjour en Irlande, mais j’avoue que je n’avais pas compris grand chose. Si jamais, il y a des groupes et des bals de danses traditionnelles un peu partout en France, c’est un moyen très sympa de passer une super soirée avec de parfaits inconnus (et de se lancer des défis impossibles comme maîtriser la mazurka ou toutes les variantes de gavotte 😅)

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Défiler vers le haut