La semaine en bref #449

Lundi:

★ Commencer la semaine en pleurant parce que je dois m’arracher à la merveilleuse vie imaginaire qui me tient éveillée la moitié de chaque nuit, pour me lever et vivre une réalité qui ne m’intéresse absolument plus. L’avantage, c’est que je ne souffre pas de manière aiguë comme au paroxysme de mes crises d’angoisse. L’inconvénient, c’est que je m’enfonce chaque jour un peu plus dans la dépression malgré tous mes efforts pour me maintenir en surface. Je dois m’assourdir avec « Elizium » et les « You can’t wake up, you can’t wake up » (ô l’ironie…) grondés par Carl McCoy pour réussir à me mettre en mouvement.

Mardi:

★ Excellente nouvelle: une trad que je devais rendre début décembre est finalement reportée à l’été 2027. Au lieu de bourrer dans le tas, je vais donc lever le pied sur la fin de l’année. Mon chiffre d’affaires ne me remerciera pas, mais ma santé mentale, si. A un moment, il faut faire un choix. Et ma chanson du jour s’intitule « Self destruct », donc je pense que le choix, il s’impose tout seul.

★ Dans la journée, j’ai pris trois rendez-vous différents pour boire un verre avec des ami.es pas vu.es depuis plus ou moins longtemps, et… j’ai reçu une invitation à faire un Donjon samedi soir avec trois autres ex de mon club de JdR. Lancée par téléphone, ce qui, que, bref. Mais je suis joie quand même.

Mercredi:

★ Goûter chez Feuilleté avec Gaby pendant que sa fille est à la danse. Malgré notre dépression partagée, on rigole beaucoup, essentiellement à base d’humour très noir et de grosses vacheries. On évoque notre passé en club, ce que deviennent les gens qu’on voit toujours, et à la fin, elle convient que ce serait chouette de se refaire un truc tous ensemble.

Jeudi:

★ Après la fois où ma tension crevait le plafond, la fois où je n’avais pas pris rendez-vous à l’avance, la fois où je sortais de chez le dentiste et la fois où j’étais rentrée de Corée du Sud depuis moins de 4 mois, aujourd’hui, j’arrive à donner mon sang pour la première fois depuis 3 ans. Et je pense que ça me fait autant de bien qu’à la personne qui héritera de mes 480 ml de A+. Juste être entourée de gens dont aucun n’était obligé de venir, mais qui l’ont tous fait pour aider un.e inconnu.e, se rendre utile à la communauté… C’est énorme. En plus, la bénévole de l’accueil a préparé des muffins maison pour les donateurs. Je n’ai pas faim, mais j’en prends un quand même pour lui faire plaisir.

Vendredi:

★ Au réveil: 4 nouvelles chansons de TayTay sur Spotify, youhou!

★ L’après-midi, je retourne à Toulon pour passer un moment avec ma Ministre de Tout chez Feuilleté (décidément mon nouveau QG), puis je rejoins Steph au Chantilly. Il a tellement changé ces 30 dernières années que je ne l’aurais peut-être pas reconnu, mais heureusement, il avait vu mes photos sur les réseaux sociaux et il m’a repérée facilement. On papote en terrasse, à côté de la fontaine, devant un thé vert pour moi et une bière blanche pour lui. Il me raconte son voyage au Japon avec sa fille; je lui ouvre les yeux sur le sexisme crasse du milieu du JdR dans les années 80-90.

Samedi:

★ Réveillée depuis 1h du matin sans jamais avoir réussi à me rendormir, j’envoie un MP à ma prof de Pilates pour lui dire que ce n’est pas la peine de m’attendre: je ne viendrai pas au cours de 10h. Ca me contrarie beaucoup, car j’ai peu d’occasions d’y aller, mais je vais être en mode basse énergie toute la journée, et je ne voudrais pas piquer du nez sur ma feuille de perso ce soir.

★ D’ailleurs, parlons-en, de ma feuille de perso. Certes, la version 1 d’AD&D à laquelle je jouais autrefois était trop simpliste, mais dans la version 3.5 qu’utilisent mes potes, cette foutue feuille ressemble au manuel de pilotage d’un Boeing. Si j’étais novice et que je devais en plus intégrer les concepts de base, ça me décourageait d’entrée de jeu.

★ Depuis la terrasse où je suis en train de papoter avec Gui, Laurent et Philippe autour d’un apéro, entendre arriver Eric et Dav de l’autre côté de la maison. Courir me jeter sur eux alors qu’ils ont les bras pleins, et me suspendre à leur cou en criant: « Je suis tellement contente de vous revoir! ». Boire au goulot de la Heineken que je déteste tandis qu’autour de moi fuse le genre de blagues cringe qui me faisaient grimper aux murs quand j’étais ado, et avoir l’impression de rêver. Nous sommes trois fois plus vieux qu’avant, nous sommes toujours les mêmes, et nous sommes de nouveau réunis. Quel miracle.

★ Mes dés n’étaient pas sortis de leur bourse depuis 35 ans, mais le 20 vert marbré n’est pas rancunier et me fournit d’excellents tirages. Oh, j’ai toujours la figurine de mon perso de la campagne Warhammer de Kent – et ça tombe bien, c’était aussi une prêtresse. « Mais qui a trouvé des noms d’endroits aussi pourris? » « Gary Gygax! C’est une de ses toutes premières campagnes. » Le Velléda tombe en morceaux, et le plan du donjon est tellement fragmenté que si on veut revenir en arrière, le MJ fera probablement écrouler un souterrain sur nous plutôt que de devoir tout redessiner.

★ Au premier contact, le barbare qui porte un nom de boisson lactée à la fraise se fait paralyser par une goule – adieu à la moitié de notre force de frappe. Le mago qui porte un nom de marque de chips est hypocondriaque, geint en boucle et manque se faire couper en deux par une écrevisse géante, mais sa nuée de chauve-souris nous débarrasse d’un campement entier de gnolls. Le barbare enchaîne les fumbles et perd d’abord sa hache, puis son épée dans la toile d’araignée géante utilisée pour immobiliser nos ennemis. La prêtresse (moi, donc) passe son temps à lancer des sorts de soins en se lamentant: « Putain, mais vous n’avez aucun instinct de survie ». On tente de rester discrets dans les couloirs alors que la moitié de l’équipe est en cotte de mailles et doit tinter comme l’attelage du père Noël un 24 décembre. Bref, on se marre énormément.

★ Comme j’habite loin et que personne de motorisé ne va vers chez moi, je passe la fin de la nuit dans la chambre d’amis de Gui. Le lit bateau déniché chez un antiquaire craque chaque fois que je me tourne, mais terrassée par la fatigue et l’émotion, je finis par m’endormir.

Dimanche:

★ J’émerge à 10h20, reposée comme je ne l’ai plus été depuis des mois. Dehors, il fait beau et doux. Gui est en train de boire son café en lisant sur la terrasse. Je le rejoins pieds nus et me prépare un thé. Nous discutons de sujets qui fâchent très sérieusement et très paisiblement. A midi, nous mangeons des oeufs au plat crevés et des restes de l’apéro de la veille, puis il me ramène en voiture à la gare de Toulon pour que je prenne mon TER. Nous avons déjà prévu que je me joigne à la campagne en cours chaque fois que les séances coïncideront avec mes séjours à Toulon, et Gui m’a dit que même quand ils ne jouaient pas, je pouvais passer chez lui quand je voulais le week-end. Mon coeur est plein. Je me sens incroyablement chanceuse, et pour la première fois, le brouillard qui m’enveloppe depuis le début du mois de mai commence à se déchirer. Ca valait la peine de tenir le coup.

1 réflexion sur “La semaine en bref #449”

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Défiler vers le haut