Intentional in September 2026

Malgré la fin de l’été, jusqu’à il y a quelques jours, je ne parvenais pas réellement à m’arracher à ma dépression. Je n’avais aucune motivation pour rien, je devais me forcer à faire les gestes les plus banals, mon boulot me prenait deux fois plus longtemps que d’habitude, je ne lisais presque pas, je dormais rarement plus de 5h par nuit et j’étais au radar en permanence. Je poursuivais mon projet de dessin non plus par plaisir, mais par pure obstination. Je ne progressais pas, et souvent, je me débarrassais du bouzin comme d’une corvée quotidienne auto-imposée.

Pourtant, personne n’aurait pu dire que je me complaisais dans la souffrance. Je bossais péniblement, mais je bossais quand même. Je m’obligeais à faire un peu de fitness et à marcher 8000 pas par jour. Je voyais des gens. J’essayais de planifier des activités pour un futur proche. Je me gavais de musique pour tenir debout. Je lâchais prise sur tout ce qui n’était pas essentiel. Je pleurais beaucoup, et ça m’était complètement égal. J’acceptais le fait que mon loisir principal du moment, c’était m’inventer une autre vie en larvant sur mon lit.

Je me raccrochais au fait que, paradoxalement, je n’ai pas été en aussi bon état physique depuis une éternité. Mon hypertension a disparu en même temps que les 14 kilos perdus depuis fin avril. J’ai de nouveau une taille, et j’en ai profité pour racheter quelques vêtements en M. Je ne prends plus aucun médicament au quotidien. J’ai réussi à donner mon sang pour la première fois depuis l’été 2023. Et dans une semaine, je serai officiellement ménopausée – une excellente chose de faite.

Puis il y a quelques jours, l’éclaircie tant attendue est enfin arrivée sous la forme d’une soirée Donjon (le jeu de rôles, pas la pratique BDSM) avec mes vieux potes d’il y a 35-40 ans. J’ai retrouvé ce sentiment d’appartenance qui m’a fait défaut quasiment tout le reste de ma vie – hormis, peut-être, pour la période où je bourlinguais avec les VIP. L’impression d’être à ma place et avec mes gens, alors même que nous avons des trajectoires, des préoccupations individuelles et des convictions très différentes.

Tout à coup, je n’avais plus besoin de faire semblant, et je savais que le sol ne se déroberait pas sous moi. Je remontais dans le train des plus chouettes moments de ma jeunesse, et je me rendais compte qu’il était possible de reprendre le voyage fût-ce à travers un présent angoissant, en direction d’un avenir qui l’est plus encore. A un moment où l’incertitude est en train de devenir un mode de vie, je me réjouis de constater qu’elle peut aussi apporter d’excellentes surprises.

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