[PARIS] Où les trains sont bleus et surchauffés, ou remplacés et en retard

Grâce à l’astuce du matelas posé par terre entre deux fenêtres ouvertes, nous avons passé une nuit à peu près correcte malgré la chaleur étouffante. Nous nous levons assez tôt afin de pouvoir aller explorer le parc à la fraîche avant l’heure du brunch. Le soleil a cramé les roses, et de l’époque de Rosa Bonheur, il ne reste pas un seul animal visible. Et il y a encore pas mal de choses à rénover dans le domaine, notamment un pavillon plein de gravats.

Le brunch est servi à neuf heures au salon de thé. Nous sommes un peu en avance, et j’en profite pour câliner Paname, une des 9 chats qui vivent au château. Bonne fille, elle me gratifie de plein de gros ronrons. Autant j’ai été déçue par le dîner d’hier, autant je trouve le brunch satisfaisant, avec notamment de délicieuses confitures artisanales à tartiner sur les scones.

Dès que nous avons fini de manger, nous appelons un Uber pour nous ramener à la gare de Thoméry, où il ne passe qu’un Transilien par heure – il ne s’agit pas de le rater. Verdict sur cette visite que j’attendais depuis longtemps: le musée Rosa Bonheur est extrêmement intéressant; il vaut tout à fait le déplacement depuis Paris. Passer une nuit sur place, en revanche, n’est pas nécessairement indispensable. Le cas échéant, je recommanderais plutôt de le faire au printemps ou en automne pour en profiter dans de bonnes conditions.

Nous descendons du Transilien à la gare de Lyon. Sur un coup de tête, je propose à Chouchou de déjeuner au Train Bleu où il n’a encore jamais mis les pieds. Je me réjouis d’avance de lui faire découvrir leurs fabuleux desserts. Hélas, la salle n’est pas climatisée, et les paravents placés devant les grandes verrières n’empêchent pas qu’il doit faire près de 40° à l’intérieur. Je plains les serveurs obligés de s’agiter en chemise à manches longues boutonnée jusque sous le menton. Nos plats sont délicieux, et j’adore vraiment l’endroit, mais je n’ai pas le courage de m’attarder. Sitôt la dernière bouchée avalée, nous filons.

Nous prenons le métro jusqu’au Grand Palais, où nous allons voir la rétrospective consacrée à l’artiste argentin Leandro Erlich. « Croit-on ce que l’on voit, ou voit-on ce que l’on croit? ». Tel est le thème que ce fils d’architecte explore astucieusement à travers ses installations immersives en trompe-l’oeil. L’expo est plutôt ludique, et nous passons un très bon moment à tout tester en prenant des photos.

Après ça, il nous reste un peu de temps à tuer avant notre rendez-vous avec Attila et son amoureuse dans le quartier de l’Opéra. Nous faisons les magasins dans la rue des Petits Champs et passons chez Brentano’s, puis nous nous posons au Kitsuné Café: mon sac à dos me pèse, je suis morte de soif et j’ai besoin de me mettre au frais.

Vingt minutes avant l’heure de notre rendez-vous, nous nous avançons jusqu’au Shodai Matcha, et nous faisons bien, car il y a une longue file d’attente sur le trottoir. Je ne compte plus les éventails agités par des jeunes femmes luisantes de transpiration. Le temps qu’Attila et C. nous rejoignent, on vient justement nous chercher pour nous donner une table. Nous nous installons à l’étage, où règne un brouhaha épouvantable. Si j’avais su, je n’aurais pas proposé de venir ici. Mais maintenant que nous y sommes… Nous arrivons quand même à passer un bon moment à hurler parler de leurs projets d’avenir, et des voyages que nous avons faits ou avons envie de faire. C., qui adore cuisiner, me montre des photos des assiettes qu’elle dresse – elle est vraiment parfaite, cette petite! Rien que pour les voir tous les deux, ça valait la peine de venir à Paris.

Quand nous arrivons à la gare du Nord pour prendre notre Eurostar de retour, j’ai la mauvaise surprise de voir qu’il est supprimé. Mais cinq minutes avant, il y en a un autre qui va à Amsterdam, et qui doit forcément s’arrêter à Bruxelles en chemin. On peut peut-être se reporter dessus? Je consulte nos e-billets: nous sommes déjà censés prendre ce train. Entre le moment où j’ai acheté nos billets et celui où je les ai téléchargés hier, nous avons été automatiquement transférés d’un Eurostar à un autre, sans qu’aucun message d’accompagnement me signale la substitution. Comme je ne débarque jamais à la gare au dernier moment, j’en suis quitte pour un bref coup de stress. Dans ce sens aussi, notre train prend du retard, mais rien de dramatique. Nous arrivons chez nous à une heure décente, hébétés par la chaleur mais néanmoins contents de notre week-end.

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