[PARIS] Où nous allons plutôt mourir de chaud chez Rosa Bonheur

Après une nuit délicieusement reposante où nous avons dormi SOUS LA COUETTE, nous descendons prendre le petit-déjeuner inclus dans notre réservation. Puis nous quittons l’environnement climatisé de l’hôtel Ibis avec regret et nos bagages, car ce soir, nous dormirons loin de Paris!

Ce matin, nous nous rendons à la BNF (miséricordieusement équipée de casiers pour les valises et autres gros sacs) afin d’y voir l’exposition consacrée aux Cartes Imaginaires – qu’il s’agisse d’extrapolations réalisées à une époque lointaine où toute notre planète n’avait pas été explorée ou de représentations de mondes imaginaires. Dans les premières, je raffole des monstres marins qui peuplent les océans. Dans les secondes, je me régale à reconnaître le Disque-Monde, Troy ou le pays des Moomins.

Juste avant la sortie, je tombe en arrêt devant une oeuvre de Grayson Perry (probablement mon artiste contemporain préféré). Derrière moi, une dame soupire: « Je ne comprends rien, je n’aime pas du tout ». On dirait moi dans un musée d’art contemporain! Après ça, on passe rapidement à la cafétéria pour un déjeuner léger (carottes râpées et un quart de pizza au fromage pas terrible), puis on s’arrête à la boutique où je fais l’emplette d’un tout petit livre de George Pérec dont le concept m’attire: « Tentative d’épuisement d’un lieu parisien ». Ca fera une parfaite lecture de train!

En effet, une fois sortis de la BNF, nous mettons le cap sur la gare de Lyon. Là, pour le prix d’un ticket de métro, nous prenons un Transilien qui nous emmène jusqu’à la petite ville de Thomery, située à 50mn de Paris. Qu’y a-t-il à Thomery, me demanderez-vous? Merci d’avoir posé la question. A Thomery, il y a le château de Rosa Bonheur, que j’ai découvert il y a quelques années par l’intermédiaire de l’Instagram de Pénélope Bagieu, et où je rêvais de passer une nuit depuis lors. Avec mon flair infaillible, j’avais fini par réserver pour ce week-end de canicule. Malgré l’absence de climatisation sur place, et la gentille proposition de mon interlocutrice de reporter à plus tard, je n’ai pas eu envie de chambouler notre planning à la dernière minute. Et puis, les châteaux, ça a des murs épais et il fait toujours frais à l’intérieur, non?

…Sans vouloir tuer le suspense: non.

Nous débarquons à Thomery vers 14h. Assez rapidement, un Uber vient nous chercher pour nous conduire au château proprement dit – distant de plusieurs kilomètres, que je ne me sens pas du tout capable de faire à pied par ce cagnard et avec mon sac à dos jaune. Nous effectuons le checkin avec trois jeunes filles qui semblent âgées en moyenne de 12 ans et demi. L’une d’elles nous montre l’ancienne chambre de Rosa Bonheur où nous passerons la nuit. C’est magnifique, mais il fait une chaleur à crever malgré les efforts du ventilateur posé dans un coin.

Nous prenons le temps de nous installer et de nous rafraîchir dans la douche à l’italienne avant de commencer à prendre des photos. Nous nous interrompons à temps pour la visite guidée de 15h30, que nous partagerons avec une quinzaine d’autres personnes. Elle est donnée par la minuscule jeune fille à la voix flûtée de tout à l’heure – probablement une étudiante en histoire de l’art. En tout cas, elle maîtrise son sujet sur le bout des doigts. Elle nous parle de la vie et de l’oeuvre de Rosa Bonheur (1822-1899), extraordinaire peintre animalière dont certains tableaux ressemblent à s’y méprendre à des photographies.

Très tôt, à une époque où les femmes artistes reconnues n’étaient pas légion, Rosa rencontra le succès notamment grâce à des clients américains, et profita de sa fortune pour faire l’emplette du château. Et comme elle ne voulait peindre que ce qu’elle connaissait, elle transforma le parc en un véritable refuge animalier, dans lequel se promenaient aussi bien bien des cerfs que des lions (qui terrorisaient les domestiques pendant ses absences). Elle ne se maria jamais mais eut quelques « amitiés très proches » avec d’autres femmes peintres, et dut faire renouveler tous les six mois son permis de porter un pantalon pour pouvoir travailler confortablement.

La visite du château, dont les intérieurs ont été préservés autant que possible, dure environ une heure et demie, et elle est extrêmement intéressante. L’atelier, en particulier, est très impressionnant: on jurerait que son ancienne propriétaire vient juste d’en sortir pour faire une petite pause. Mais la chaleur est vraiment atroce, et sur la fin, je commence à me sentir mal. Dix minutes de plus et je fuyais ou tournais de l’oeil.

Libérés à 17h, nous n’avons pas le courage de sortir explorer le parc et transpirons à l’ombre dans notre chambre, en essayant de bouger le moins possible. Tout est d’époque et donc assez peu pratique selon les critères modernes: les fauteuils, notamment, sont à peu près aussi confortable qu’un chevalet de torture. A 19h, nous descendons pour le dîner. Nous nous attendons à ce qu’on nous installe au salon de thé avec le couple qui occupe une des deux autres chambres, mais non: nous avons droit à notre propre salle à manger. Le jeune serveur se dépêche de tout nous apporter sur la table pour pouvoir rentrer chez lui. Le repas n’est… pas terrible. Une salade verte pour remplacer le tarama d’oursin que j’avais dit ne pas vouloir; de l’esturgeon fumé probablement sorti d’une boîte et atrocement salé – je ne parviens pas à me forcer à l’avaler; une poêlée de légumes; du fromage et un riz au lait. Mais ça nous a évité de ressortir: je n’avais pas vu de restaurant dans le village.

La soirée n’est pas agréable – on étouffe dans notre chambre. Je descends à la cuisine pour tenter de trouver des glaçons, mais en vain. Je finis par demander à Chouchou qu’on sorte le matelas de l’alcôve dans laquelle se trouve le lit pour les poser à terre, entre les deux fenêtres ouvertes histoire d’être au minimum sur le chemin d’un léger courant d’air. Sans ça, je pense que je ne fermerai pas l’oeil de la nuit.

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