
Lundi:
★ « Break stuff » de Limp Bizkit est définitivement mon hymne du moment. « Everything is fucked, everybody sucks. » Le monde part en couille et tous les gens sont nazes. (OK, Not All Gens, mais presque.)
Mardi:
★ Mon département du Var brûle. Des incendies se déclarent de tous les côtés, progressant très vite à cause du combo températures élevées/sècheresse extrême/vents forts. Le ciel est envahi par les Canadair et les Dash. Les pompiers luttent et, pour certains, meurent dans les flammes. Des villages entiers sont évacués. Des gens perdent leur maison et tout ce qu’ils possèdent. La circulation ferroviaire succombe au chaos. Les nouvelles locales ressemblent à un avant-goût d’apocalypse. Et mon système nerveux flambe avec les forêts.
Mercredi:
★ Quand je me réveille beaucoup trop tard, parce que je n’ai pas réussi à m’endormir avant 3h du matin, une odeur de fumée entre dans ma chambre par la fenêtre ouverte. Probablement celle de l’incendie de Pontevès, qui a déjà cramé 2500 hectares depuis hier midi et qui continue à progresser. Quel enfer. J’aimerais penser que le brasier de cet été 2026 poussera les gens à voter dans le meilleur sens pour la lutte contre le réchauffement climatique aux présidentielles de 2027, mais je n’en suis même pas certaine.
Jeudi:
★ Tiens, je rentre de nouveau dans cette petite robe caramel de chez Cotélac, que j’adore et que je ne pouvais plus porter depuis des années. C’est une satisfaction minuscule, mais tout est bon à prendre en ce moment.
★ Plaisir de faire du shopping de livres pour les deux vieux amis avec qui j’ai rendez-vous ce soir. Ils viennent chacun d’avoir un anniversaire; l’un est un grand amateur de BD à qui je dois beaucoup de mes premières découvertes en la matière, l’autre un intello de droite avec des goûts exigeants. Je fouille le stock de deux librairies pour trouver les ouvrages que j’ai en tête (ceci et cela), et que je me réjouis de partager avec eux.
★ C’est qui la dinde qui a pensé que ce serait une excellente idée de dîner en terrasse sur la plage, un jour où le thermomètre flirte avec les 35°? …Non, pas la peine de me répondre. Parce que même dans ces conditions, manger chez Marco, c’est forcément une bonne idée. Il charme les garçons comme il charme toujours tout le monde, et on se régale en papotant à bâtons rompus avec la mer en toile de fond. Il se peut également que 33% d’entre nous renversent leur limoncello à force de gesticuler en expliquant la fabrication de la pâte à pizza napolitaine.
★Le temps qu’on arrive chez Gui pour finir la soirée dans son jardin, il fait nuit et on respire à nouveau. La conversation se découd, les rires se teintent de fatigue. Pour une fois, je ne chasse pas la fumée de clope qui arrive jusqu’à moi. Les garçons aussi ont l’air ravis et incrédules qu’on se trouve ainsi réunis. Dans le flottement, mon moi de 15 ans et mon moi de 55 se superposent. L’espace d’une heure, je récupère un peu de mes étés d’autrefois et de la joie qui allait avec. C’est un miracle fugace.
★ Je n’avais pas serré des gens dans mes bras aussi longtemps et aussi fort depuis trop d’années. J’ai l’impression d’avoir vu Fanfan tout récemment, alors que la dernière fois remonte à 2015. Mais on n’a jamais perdu le contact. Quant à Gui, il a toujours le même sens de la provoc, le même humour crasse, les mêmes convictions opposées aux miennes. Du temps de notre jeunesse, ça me faisait grimper aux murs. Aujourd’hui, je savoure la confrontation de points de vue. Et cette sensation très étrange que pendant tout ce temps où on a fait nos vies d’adultes loin les uns des autres, notre amitié était juste en pause – qu’il a suffi d’appuyer sur Lecture pour qu’elle reprenne son cours très naturellement.
★ « 5:55 », la bande-son parfaite pour rouler de nuit dans un silence émotionnellement chargé. Dommage qu’il faille rentrer. Cette soirée va rester dans mon coeur très longtemps. En cet été si difficile, c’est un cadeau que je n’avais pas imaginé me faire, mais qui est tombé vraiment à pic.
Vendredi:
★ Je me réveille après une courte nuit, avec une bonne grosse gueule de bois émotionnelle. Totally worth it. 100% would do it again. Ce matin, le monde est un peu moins moche et la vie un peu moins terne. D’ailleurs, je passe une moitié de la journée à fredonner en boucle: « I had the time of my life fighting dragons with you ».
★ L’autre moitié, je la passe à chialer (y compris sur la table de mon adorable masseuse, ce qui est d’une gênance absolue). J’ai beaucoup, beaucoup de choses à débroussailler entre moi et moi.
★ J’essaie de ne pas virer réac en vieillissant. Par exemple, de ne pas penser que la musique des jeunes c’est de la merde (alors que de mon temps, on savait écrire des textes qui voulaient dire quelque chose). Il faut vivre avec son époque, bla bla bla. Mais là, pendant que je fais des courses au Carrefour Express, un bellâtre vingtenaire geint dans mes oreilles: “La vie c’est vraiment trop dur, la tartine tombe toujours du côté de la confiture”. Je veux bien faire un effort, mais il faut m’aider un peu, aussi.
★ Fanfan m’envoie le seul selfie de la soirée d’hier: il est flou de chez Flou. « Mais non: il est plein de vie », commente charitablement Chouchou à qui je le montre. A force d’avoir mon photographe personnel pour documenter ma vie, je crains d’avoir développé des standards irréalistes en la matière. Tant pis: on devra se revoir pour le refaire. Quelle plaie.
Samedi:
★ Le parking de ma résidence est jonché de feuilles mortes, brunes et racornies comme si on était en novembre. Difficile de lutter contre l’impression d’une bascule irréversible.
★ Première fois de ma vie que je me réjouis du gros orage annoncé par la météo. Je me souviens de l’angoisse vertigineuse qui m’avait saisie, début 2020, face aux images des méga-feux en Australie, avant que le Covid ne bondisse à la première place du hit-parade des urgences. Sur le coup, je m’étais demandé: « Combien de temps avant que ça arrive chez nous? ». Ben voilà: c’est maintenant, en Gironde.
★ Je passe une bonne partie de la journée à suivre la progression des flammes. Les gens hébétés qui évacuent. Les pompiers qui affluent en renfort des quatre coins de la France. Les avions envoyés par nos voisins européens. Les agriculteurs qui prêtent main-forte. Les parfaits inconnus qui offrent une chambre d’amis sur Facebook. Je suis émue par la solidarité à l’oeuvre, mais aussi folle furieuse de lire les messages lunaires des pouvoirs publics. Un petit guide de l’éco-anxiété, vraiment?
★ Cet été n’en finit plus de me secouer dans tous les sens. Et on n’est même pas fin juillet. Misère.
Dimanche:
★ A l’heure actuelle, mon principal objectif de vie, c’est de recommencer à porter des vêtements à l’intérieur. (Et aussi, que mon système nerveux cesse de hurler comme une banshee H24, mais je suppose qu’il faut rester un minimum réaliste.)
★ Je passe l’essentiel de ma journée à créer des listes « mood du moment » sur Spotify. Leurs noms? « Down in a hole and I don’t know if I can be saved », « Je sais que les anges ont raison », « Ca déborde dehors et dedans ». Les flammes sont aux portes de l’agglomération bordelaise, et ça devient compliqué de rester optimiste sur la suite (déjà que je ne partais pas de haut…).
