
Lundi:
★ Je ne vais vraiment pas bien. Tous les soirs, je m’endors en espérant mourir dans la nuit. Tous les matins, je suis déçue de me réveiller. L’actualité me glace (et c’est bien la seule source de fraîcheur en ce moment). L’avenir est uniformément désespérant. Rester ici, pourquoi? Vivre la fin de ma vie dans un monde où l’IA m’aura rendue obsolète, où il fera 50° l’été et où la clim ne nous sauvera pas si le réseau électrique lâche, où on commencera à se battre pour l’eau et la nourriture, et où le système de santé craquera de toutes parts pendant que les flics auront le droit de tirer sur n’importe qui sans avoir à se justifier?
Mardi:
★ Cette nuit, les Diables rouges ont foutu une magnifique tatouille à l’équipe américaine: 4-1. Je ne m’intéresse pas du tout au foot, mais le « Overturn this » de leur community manager me fait quand même hurler de rire. Bien joué, les Belges!
★ Tant qu’à devoir aller sur Toulon pour faire mon écho pelvienne, j’en profite pour visiter l’expo « Martin Parr: Short & sweet » à la Maison de la Photographie. Une mini-rétrospective de son oeuvre avec une dizaine de ses projets principaux, que je connaissais déjà pour la plupart. Mais pour une fois, je suis loin d’être seule à déambuler dans ce petit musée que j’apprécie beaucoup.
★ Quand j’arrive au labo après avoir bu un demi-litre d’eau trois quarts d’heure avant (et non pas un litre une heure avant, ce qui me semblait parfaitement irréaliste à mon âge), j’apprends que la docteure est en retard et qu’il lui reste encore une écho de la thyroïde à faire avant de me recevoir. Elle finit par m’appeler un quart d’heure plus tard, alors que ma vessie est sur le point d’imploser, et le moment où elle appuie dessus avec la sonde est très, très tendu. Meilleure phrase de la semaine: « Vous pouvez aller aux toilettes ».
★ Pour fêter ma dignité (plus ou moins) conservée, je vais m’acheter du thé et des sablés au Palais des Thés, lire une bédé au Charl’s Café puis refaire mon stock de Compeed à la parapharmacie Liberté. J’ai des joies simples.
Mercredi:
★ Dans la soirée, je termine un roman magnifique qui m’aura beaucoup fait pleurer, et j’en entame un autre qui dès les premières pages me fait beaucoup rire. Depuis que aussi loin que remontent mes souvenirs, la lecture est ma planche de salut.
Jeudi:
★ Je rends ma traduction du premier tome de la série dans l’univers de Peter Pan. Maintenant, je vais devoir me consacrer exclusivement au premier tome de ma série de Litt RPG jusqu’à ce que mort s’en suive je l’aie terminé – dans un mois, si tout se passe bien.
Vendredi:
★ Chouchou m’envoie une photo de la vitrine du Balmoral, lieu emblématique des débuts de notre histoire. Il est définitivement fermé. Que reste-t-il du Bruxelles où l’on évoluait il y a 20 ans? Plus grand-chose à ce stade.
★ En visitant l’expo « Suivez le fil! » à l’Hôtel des Arts, je tombe sous le charme d’une installation de Chloé Bensahel: des mots tissés en majuscules, à travers lesquels courent des fils conducteurs. Quand on passe la main dessus, ils émettent de la lumière et des sons en fonction de la vitesse du geste et de la pression exercée. Je trouve ça magique, et je demande à la guide (seule habilitée à toucher l’oeuvre) de me remontrer plusieurs fois.
★ Rendez-vous avec ma Ministre de Tout, ma Générale des Embrouilles et la Relève autour d’un goûter chez Feuilleté (la superbe boulangerie qui a ouvert bd de Strasbourg, à la place de l’ancien traiteur chinois fermé depuis des années). Etre assises au calme dans un endroit climatisé, quel bonheur! Le flan à la vanille est sans doute le meilleur que j’ai jamais mangé. Il y a un roman de Lawrence Durrell dans la bibliothèque à côté de moi. « C’est quoi, ce truc? » demande un petit garçon à la table d’à côté, en désignant la machine à coudre antique posée sur une console dans le fond. La Relève est chonchon: c’est la fin de journée, et elle doit commencer à faire ses dents.
★ Le Petit Souk n’a rien d’inspirant comme cadeau pour l’anniversaire auquel ma Générale doit se rendre demain. Je demande: « Elle lit, ta copine? ». Réponse: « Oui, pas mal, elle aime les Frida McFadden et les Laurie Gilmore ». Direction Charlemagne, où je sélectionne un trio de bouquins qui se sont bien vendus en librairie: « La princesse des glaces » de Camilla Lackberg, « La petite boulangerie du bout du monde » de Jenny Colgan et « L’île des oubliés » de Victoria Hislop.
★ Ma salle de yoga fonctionne actuellement en planning allégé; le seul cours de yin de la semaine est ce soir, avec une prof que je ne connais pas. Elle arrive à la bourre, et me prévient qu’elle déborde toujours de l’horaire alors que je dois partir à l’heure pile pour ne pas rater mon TER. Puis quelqu’un casse une gourde en verre sur le sol du vestiaire où nous circulons toutes pieds nus; du coup, on commence encore plus tard que prévu. Le début ressemble à un cours de stretching au ralenti; la prof propose les postures suivantes sans offrir aucune modification et utilise beaucoup les briques en guise de support, alors que je déteste leurs arêtes dures. Bref, je vais attendre le retour de ma prof habituelle en septembre.
Samedi:
★ Je voulais aller passer l’après-midi à Hyères, mais je ne trouve pas le courage de quitter ma clim’ pour sortir en plein cagnard. Tant pis: l’expo Calder à La Banque dure jusqu’en octobre; j’aurai le temps de la voir par des températures plus clémentes (j’espère).
Dimanche:
★ Sur un groupe FB dédié à « Dungeon Crawler Carl », un post demande: c’est quoi, votre plus gros accomplissement de cette semaine? Quelqu’un dit: ne pas m’être foutu en l’air. Et à l’autre bout de la planète, un illustre inconnu lui répond: je suis passé par là; si besoin, envoie-moi un DM pour qu’on discute jusqu’à ce que ça aille mieux. Puis cite une phrase du tome 9 (je crois): « Le jour où on cesse de s’entraider, c’est le jour où on perd notre humanité ». Est-ce que j’ai mentionné à quel point ce fandom est merveilleux?
