Intentional in July 2026

Ce mois de juillet m’a roulé dessus.

Je ne m’étais pas sentie aussi désespérée depuis 6 ans, et devoir lutter contre une envie permanente de me foutre en l’air ne m’avait pas manqué.

Autant dire que mon seul objectif du mois, ça a été de trouver chaque matin une raison de tenir une journée de plus, et pas du tout de cocher des cases sur une liste. Par conséquent, je ne me suis astreinte qu’à ce qui me faisait du bien sur le coup.

J’ai bossé (presque) normalement, parce que pendant ce temps au moins, je pensais à autre chose qu’à la canicule, aux incendies et à l’avenir affreux vers lequel on fonce sans aucune intention de lever le pied de l’accélérateur. Le bouquin que je traduis ne m’enthousiasme pas plus que ça, mais il ne présente pas de difficulté spécifique. C’est peut-être aussi bien: je ne suis pas certaine que j’aurais été en mesure de rendre justice à un très beau texte.

J’ai dessiné chaque jour, souvent des choses hyper basiques par manque d’énergie mentale. Mais c’est intéressant de voir à quel point mes préoccupations du moment se sont infiltrées dans les pages de mon carnet, qui de simple cahier d’exercices devient sans que je l’aie prémédité un journal en images de mon année 2026. D’ailleurs, mes seuls achats du mois ont été une grande boîte de feutres acryliques et une de pastels gras – je commençais à être limitée par mon matériel de débutante, ce qui est plutôt bon signe.

Ecrasée par la chaleur, je n’ai presque pas bougé. En contrepartie, j’ai dû faire en moyenne un repas par jour tellement je n’avais pas faim ni envie de cuisiner, si bien que j’ai quand même perdu encore 3 kilos. Me voilà revenue à mon poids de début 2014, au moment où j’avais déclaré le plan Orsec HIIT. Mais on est 12 ans plus tard, et la ménopause est passée par là entre-temps, donc je considère que c’est pas mal du tout. Je pensais ne jamais (re)devenir cette personne préoccupée par son poids, seulement voilà: je voudrais pouvoir jeter mon anti-hypertenseur aux orties. Et puis les objectifs quantifiables sont toujours les plus motivants pour moi, et s’il y a une chose dont j’ai besoin en ce moment, c’est bien de motivation. (Et de sérénité, mais je doute d’en trouver au fond d’un pot de cottage cheese.)

Le nouveau chantier qui s’annonce pour les prochains mois (je veux dire, hormis le contrôle de mon éco-anxiété, pour laquelle notre bon gouvernement a pensé à tout)(sauf à augmenter le budget des sapeurs-pompiers et à acheter des Canadair, car QUI AURAIT PU PREDIRE?), ça va être de me reconnecter avec mes émotions et de retrouver un semblant de vie sociale.

Pour la première fois depuis la mort de mon père, j’ai renoncé à me retenir de pleurer, et versé des litres et des litres de larmes, dont certaines en public. Je me sens si mal que je n’ai pas la force d’en être gênée. Yep, the end is nigh. Je me suis remise à écouter de la musique, qui a toujours été l’accès le plus direct à mon coeur – raison, précisément, pour laquelle j’y avais quasi renoncé. Je fais des playlists sur Spotify. Je retrouve des albums oubliés depuis des décennies et que je connais toujours par coeur. Quand je ne flingue pas consciencieusement mon moral à coups de « Comfortably numb », ma voix de Minnie Mouse sous hélium, mes articulations grippées et moi-même nous prenons pour une rockstar dans mon salon. Pourvu qu’il n’y ait de caméra planquée nulle part.

Sur un pur coup de tête, j’ai revu deux vieux amis. Ca m’a fait tellement de bien que j’ai passé la soirée à glousser comme une dinde, le coeur au bord des lèvres, pendant qu’à l’intérieur mon système nerveux hurlait: « OUI! CA! ON VEUT CAAAAA! PLUS! ENCORE! PLEIIIIIN! ». Après, il m’a fallu 3 ou 4 jours pour récupérer, mais c’était des cuillères très bien dépensées. Depuis, je réfléchis aux manières dont je pourrais remettre des gens dans ma vie. Sachant que rencontrer de nouvelles personnes ne m’intéresse pas du tout – bâtir des fondations amicales, c’est un travail de longue haleine, plutôt ardu avec un fonctionnement neurodivergent. Je préfèrerais reconnecter avec les gens que j’aimais et que j’ai semi-perdus de vue, ou approfondir mes liens avec celleux que j’apprécie déjà hors d’un contexte collectif.

Par ailleurs, je me pose beaucoup de questions sur mon mode de vie et mes projets d’avenir. Etre à ce point affolée par le changement climatique, est-ce compatible avec le fait de continuer à manger de la viande et à prendre l’avion? Saurai-je me contenter de voyager en train, donc en Europe, avant d’y être contrainte par une loi ou par une flambée (ha ha) du prix des vols? Est-il vraiment sage d’envisager de m’installer à Aix – appelée à devenir une rôtissoire – d’ici à ce que je prenne ma retraite? En aurai-je seulement les moyens si l’IA fait disparaître mon métier? Est-il encore pertinent de me projeter à un horizon de plus de quelques mois?

Dans un monde en feu, comment marcher sur la corde raide entre déni et désespoir?

1 réflexion sur “Intentional in July 2026”

  1. Nelly Poignonnec

    Bonjour,
    Quel autre choix avons-nous à notre niveau que de garder notre sang-froid (haha) face à ces prémices brûlants de l’Apocalypse ?
    Nous aurons au moins eu le mérite de préserver notre santé mentale à défaut de l’avenir de l’Humanité.
    Courage.

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