
Lundi:
★ Deux ans et demi après son burn out, Chouchou recommence à travailler aujourd’hui, dans un emploi salarié avec des heures du bureau – même s’il ne sera pas du tout dans un bureau. Du coup, pour pouvoir continuer à faire du sport tous les jours, il compte se lever désormais à 5h. Je vais essayer aussi de me décaler dans ce sens, même si je doute de réussir à faire plus tôt que 6h. Ca nous permettra d’être fatigués en même temps et d’aller nous coucher ensemble.
★ De mon côté, j’attaque la traduction d’une « fiction historique » dont l’action se déroule dans une communauté rurale du Michigan pendant les années 90. Je sens que je vais beaucoup augmenter mes connaissances en matière d’élevage ovin. (En même temps, je pars de zéro.) Et qu’à volume de texte égal, le style va me demander beaucoup plus de travail que d’habitude.
★ Un an et demi après les multiples accusations d’abus sexuels à son encontre, étayées par de nombreux mails, messages vocaux et par son propre semi-aveu (« Je suis autiste, je ne me suis pas rendu compte »)(mais va crever putain), Neil Gaiman brise son silence sur les réseaux sociaux. Il dit qu’il a été victime d’une campagne de calomnie, mais que hey, il en a profité pour écrire un nouveau roman. Il remporte illico le prix de la stratégie marketing la plus vomitive de l’année.
Mardi:
★ Dans les corrections d’un roman dont les héros sont autistes, la personne qui m’a relue propose plusieurs fois de supprimer le terme « handicap » en disant qu’il ne lui paraît pas correct. En réponse, je me fends d’un commentaire-fleuve expliquant à quel point mon autisme impacte toute ma vie alors que je fais partie des autistes dits « légers », c’est-à-dire ayant un faible besoin de soutien extérieur et la capacité de vivre de manière autonome. Je conclus en disant que croire que l’autisme n’est pas un handicap relève de l’ignorance (pour les non-concerné.es) ou du déni de réalité (pour les concerné.es). Même la loi française, généralement très validiste, le reconnaît comme tel. Ce n’est pas de la victimisation qu’admettre une vérité. Et je me sens obligée de préciser que je ne suis pas fâchée, que ma tirade a uniquement un but informatif, car je sais très bien que ma manière de communiquer est généralement perçue comme agressive.
★ Au moment où j’arrive au relais colis près de chez nous, une jeune femme en sort avec un imperméable imprimé que je reconnais aussitôt. Je m’écrie: « C’est un Rain Sisters? » Son visage s’éclaire. « Oui! » Comme ça fait des années que j’hésite à m’en offrir un (ils sont beaux mais très chers), je la bombarde de questions. Elle est contente de la qualité? La capuche est assez profonde? Ca taille comment? Ses réponses me confortent dans l’idée que ce serait un excellent investissement.
Mercredi:
★ J’attaque une deuxième traduction très différente de la première, de façon à pouvoir bosser sur chacune la moitié de la journée. C’est fou comme ça me rend plus productive: juste au moment où je commence à me lasser d’un texte, pouf! Je bascule sur un autre, et ça me fait comme un refresh du cerveau. J’aurais dû adopter cette méthode de travail il y a des années.
Jeudi:
★ Aucune envie de bosser aujourd’hui. Comme je n’ai rien de pressé sur le feu, je m’offre le luxe d’une journée à buller et à dessiner. Je ne suis vraiment pas douée pour la peinture (maudite motricité fine), mais je me dis qu’à force de pratiquer, je ne peux que m’améliorer.
★ En allant déjeuner chez My Tannour, je remarque une librairie pop-up dans le piétonnier près de la place Jourdan. Je pousse la porte par curiosité. C’est un bookshop militant qui vend surtout de l’occasion, tenu par une jeune femme qui avant son arrivée récente à Bruxelles vivait à Glasgow et travaillait dans une librairie d’Edimbourg. On discute Ecosse, écriture inclusive et charges sociales des indépendants pendant un long moment. Elle est très sympa et pleine de bonnes idées; j’espère que son projet de création aboutira.
Vendredi:
★ En tout début de matinée, je me prends la tête avec une conversion acres-hectares et l’adaptation du rendement d’une parcelle agricole en dollars par tonne de foin. On croit qu’on n’aura plus jamais besoin des maths en se lançant dans une carrière littéraire, et puis on se trompe.
★ Le clip d' »Opalite » est génial et hilarant. Coeur et paillettes sur TayTay.
Samedi:
★ Notre nouveau lave-linge doit arriver entre 9h et 10h30. A 8h40, les livreurs sonnent à l’interphone; à 8h57, ils ont terminé l’installation et repartent avec notre ancien lave-linge. Youpi!
★ L’après-midi, nous prenons le 38 pour aller voir une expo photo à la galerie Stieglitz 19. Nous arrivons à 14h20, et le lieu est fermé. Contacté par téléphone, le propriétaire nous dit que son employé est en retard pour l’ouverture de 14h, mais qu’il arrive « tantôt ». A 14h40, je commence à perdre patience. Heureusement, une dame qui attend elle aussi nous recommande la galerie Rivoli non loin de là.
★ Nous nous y rendons histoire de ne pas avoir fait le déplacement pour rien, et nous ne le regrettons pas: c’est une enfilade de petites galeries qui exposent de la photo ou de la peinture, avec des thèmes et des styles très variés. Tout ne me plaît pas, mais je fais le plein d’inspiration (et de petits papiers!) pour de futurs dessins ou collages. En plus, il y a un Photomaton en noir et blanc dans lequel nous nous empressons de nous entasser.
★ Après avoir finalement vu l’expo Pixy Liao chez Stieglitz 19 (elle est très chouette), nous marchons jusqu’à Forcado pour un goûter bien mérité. Hélas, la salle est archi-pleine. Nous prenons des pastéis à emporter, et Chouchou nous ramène à la maison en Poppy pour les déguster.
Dimanche:
★ J’ai fait beaucoup de tests à la gouache cette semaine, et je ne pense pas me vanter en affirmant que tout est très très moche. Tant pis: un, je m’amuse quand même et c’est l’essentiel; deux, sauf talent inné, avant d’être bon en quoi que ce soit, il faut accepter d’être mauvais. Je suis clairement dans ma phase d’apprentissage, et j’ai une immense marge de progression. Au pire, je me tournerai vers l’art abstrait!
