[ANVERS] Florence and the Machine: « Everybody scream »

C’est très rare que j’aille à des concerts. J’ai de plus en plus de mal avec la foule, et il n’y a pas tant d’artistes que j’ai vraiment envie de voir sur scène. Mais Florence Welch faisait partie de ceux-là depuis un bon moment. Quand elle a annoncé sa tournée Everybody Scream à l’automne dernier, j’ai donc réservé des billets pour son passage à l’Afas Dome d’Anvers (ex-Palais des Sports), la plus grande salle de Belgique pouvant accueillir jusqu’à 23000 personnes.

Nous y avions déjà été pour un concert de Metallica il y a quelques années, et j’avais trouvé l’endroit très bien. Comme d’habitude, j’ai visé des places assises, dans les gradins pour que personne ne me bouche la vue, en bout de rangée et près d’un escalier de sortie pour pouvoir 1/aller faire pipi facilement pendant le spectacle 2/évacuer rapidement si nécessaire. Paye ton combo anxiété x vessie rabougrie.

Quand nous sommes arrivés à 19h30 après un trajet plus long que prévu et assez éprouvant, la première partie commençait juste. Je ne connaissais pas Paris Paloma, mais en la voyant tournicoter sur scène avec ses longs cheveux raides détachés et sa grande robe blanche qui flottait autour d’elle, je me suis dit: tiens, une mini-Florence. D’ailleurs, ses textes semblaient piocher à la même veine féministe, quoi qu’en un peu moins déjanté.

Le concert a commencé pile à l’heure. Scénographie très simple: deux ou trois musiciens (dont un.e harpiste) planqués dans l’ombre en fond de scène, quatre danseuses qui ont passé tout le spectacle à se traîner à genoux comme des mortes-vivantes ou à agiter leurs jupes pour montrer leur porte-jaretelles, une machine à fumée pour l’atmosphère et des écrans géants situés en hauteur, qui montraient Florence en gros plan et sous plusieurs angles à la fois. Comme nous étions plus loin que je ne l’avais imaginé en prenant les places, nous avons apprécié.

Clairement, le spectacle, c’était Florence elle-même. Sa voix incroyable, basse, puissante, vibrante de colère et d’affirmation féminine, qui contraste tant avec le chuchotement dans lequel elle s’exprime quand elle parle – timide, et presque l’air de s’excuser d’être là. Sa robe de sorcière, ligne épurée et manches flottantes sous le coude, qui lui faisait une silhouette d’apparition ou d’icône aux pieds nus. Son visage frappant plutôt que beau, si pâle et apparemment sans apprêt. Sa gestuelle de prêtresse, doigt accusateur tendu vers la salle ou bras largement écartés et tête renversée en arrière. Sa démarche glissante quand elle ne se mettait pas à gambader dans un brusque éclat de joie.

Née vingt ans plus tôt, elle aurait sûrement été l’idole et le modèle de mon adolescence d’aspirante goth qui se teignait les cheveux en roux. « King » serait devenu mon hymne personnel: « I am no mother, I am no bride, I am… king ». Quand ma santé mentale aurait flanché, j’aurais regardé le clip de « Free » en boucle, et je me serais sentie moins seule et moins déprimée. J’aurais vécu sa musique dans ma chair, comme on le fait à cet âge-là. Je me serais laissée hanter par ses textes.* A 50 ans passés, je suis encore capable de l’apprécier, mais pas d’une façon aussi viscérale que j’aurais pu autrefois, et cela m’attriste un peu.

*(A la place, je me suis identifiée à un Ecossais alcoolique et sans doute cocaïnomane dont j’avais l’impression qu’il parlait directement à mon âme. J’étais une petite créature passablement torturée.)

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