2025 dans le rétro

2025 ne fut malheureusement pas une bonne année pour le monde. Entre les exactions ahurissantes commises par Trump et ses sbires aux USA, le génocide en cours à Gaza, la guerre en Ukraine qui pourrait bien déboucher sur une généralisation du conflit avec Poutine, la barre des 1,5° de réchauffement planétaire qui vient d’être franchie alors que c’était le seuil « à ne surtout pas dépasser », et la vitesse à laquelle l’IA est en train de détruire des emplois mais aussi de compromettre la notion même de vérité, tout porte à craindre un avenir très sombre.

Ironiquement, ce fut une bonne année pour moi à titre personnel.

Au boulot, j’ai réalisé mon meilleur chiffre d’affaires et même franchi une barre symbolique. J’ai traduit 16 ouvrages pour 7 éditeurs différents, dont un nouveau client. J’ai beaucoup travaillé dans deux univers spécifiques, celui de la série télé « Jeudi » et celui de l’auteur anglais RD. On m’a essentiellement proposé des textes pour la jeunesse, en contemporain comme en fantasy, mais aussi un roman de littérature générale que j’ai adoré. Continuant sur la lancée de mon marathon de fin 2024, je me suis levée à 7h les matins de semaine pour profiter à fond de ma période la plus productive, et j’ai souvent bossé en parallèle sur deux textes, ce qui m’a permis d’avancer vraiment vite. Ma carrière ne s’est jamais portée aussi bien – et oui, j’ai très peur que ce soit le sommet de la pente du grand huit avant une chute vertigineuse dans les années à venir. Alors, je travaille autant que je peux pendant que c’est encore possible, et je mets des sous de côté en prévision du jour où le boulot se tarira.

Chouchou et moi avons fait deux voyages: quelques jours en Roumanie au mois de mai pour voir la merveilleuse librairie Cărturești Carusel et visiter le château de Bran, puis deux semaines et demie au Japon et à Séoul en octobre. Ce séjour en Asie, qui m’a donné des cauchemars pendant les trois mois précédents le départ, s’est extrêmement bien passé; nous en avons rapporté des photos magnifiques. Le parc Ghibli près de Nagoya, Kamakura sous la pluie, la rencontre avec les loutres, trois aquariums pleins de méduses, de raies et d’axolotls, la bibliothèque Starfield et la librairie Arc N Book occupent désormais une place de choix au palmarès de mes souvenirs. Tout comme notre escapade déconnectée aux Cabanes des Dolimarts, mi-juin.

Hormis pour un déjeuner avec mon beau-frère au mois de mars, je n’ai pas vu ma famille de toute l’année. J’ai eu ma mère au téléphone 5 ou 6 fois, ma soeur une seule pour la mort d’un de nos oncles en février. Elle ne m’a pas appelée pour mon anniversaire et n’a pas décroché les deux fois où j’ai tenté de lui souhaiter le sien. Avec beaucoup de tristesse, je me suis résolue à ne même plus essayer d’aller à Toulouse, où j’ai juste eu l’impression de gêner lors de mes rares passages en coup de vent ces dernières années. Il faut deux personnes pour entretenir une relation, et ça fait bien longtemps que je suis seule à tenter de faire vivre celle-ci. J’abandonne. J’imagine qu’on se reverra pour les obsèques de ma mère ou peut-être le mariage d’un de mes neveux, et qu’on se comportera l’une envers l’autre avec cette raideur polie des gens qui ont été proches il y a longtemps.

Ma santé physique se maintient. En termes de poids, j’ai franchi un cap beaucoup moins désirable que celui de mon chiffre d’affaires. Ma périménopause n’en finit plus – âge moyen de la ménopause chez les Françaises: 51 ans; j’approche des 55 et mes règles ne se décident toujours pas à s’arrêter. L’ouverture d’une salle de yoga et de Pilates près de la gare de Toulon m’a permis de reprendre des cours chaque semaine quand je suis à Monpatelin, et à Bruxelles, je continue d’utiliser régulièrement mon tapis de marche. Mon hypertension artérielle réagit bien au traitement que je prends depuis quelques années, et qui ne semble pas me provoquer d’effets secondaires indésirables: pourvu que ça dure. J’ai eu presque toute l’année des douleurs dans le cou et l’épaule droite, mais elles sont en train de disparaître depuis que j’ai enfin trouvé (et acheté en deux exemplaires) l’oreiller idéal à ce stade de ma vie.

De manière assez curieuse dans un contexte aussi flippant, ma santé mentale est plutôt bonne. Oui, la seule mention de l’IA me donne envie de mordre tant je panique à l’idée de perdre mon boulot. Mais j’ai passé des années en proie à une anxiété atroce, et surtout constante, pour beaucoup moins que ça. Angoisser de manière ponctuelle pour des choses objectivement angoissantes est une réaction normale, certes déplaisante mais gérable. Ca ne m’empêche pas de vivre et ça ne me donne pas d’idéations suicidaires, ce qui est déjà énorme. Mon état d’esprit actuel pourrait se résumer par: « Le monde brûle, tâchons de faire un bon barbecue sur les flammes ». Autrement dit: tout va mal et ça ne s’arrangera pas dans le futur, mais je vais profiter le plus possible pendant que je peux encore.

Enfin, ma lumière dans l’obscurité grandissante, c’est ma relation avec Chouchou. Bientôt 20 ans qu’on est ensemble, et je ne compte plus le nombre de fois où on a failli se séparer avec pertes et fracas. Mais on est restés, on a bossé sur notre couple, et ça commence à payer. Il est la seule personne avec qui je peux être complètement moi-même, qui me voit telle que je suis tout au fond et qui comprend et accepte ma manière bizarre de fonctionner. Personne ne me fait autant rire, et il n’y a personne avec qui j’aime autant partager une aventure bonne ou mauvaise. On voit le monde sous un angle assez différent (je suis une Française radicale et revendicatrice; lui, un Belge imprégné de culture du compromis), et nos discussions restent souvent houleuses. Mais chacun compense pour les défaillances de l’autre. En se soutenant mutuellement, on parvient plus ou moins à avancer comme des gens « normaux ». Et quand le monde est trop moche ou trop méchant: au moins, on s’a.

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