Pairi Daiza, le retour de la vengeance

La semaine dernière, je me suis beaucoup pris la tête avec plusieurs clients et j’ai eu un grand coup de « ras-le-bol des gens ». Dans ces cas-là, mon remède préféré, c’est ou bien d’aller m’enfermer deux-trois jours dans une cabane au fond des bois, ou bien de faire une activité centrée sur les animaux. (J’attends avec impatience, mais hélas sans succès jusqu’ici, le jour où ils viendront spontanément à moi dans ma cabane, me permettant de cumuler les deux.) Or notre dernier séjour à Pairi Daiza remontait déjà à deux ans, et la météo de Brugelette promettait une météo idéale pour le dimanche: ciel couvert mais pas de pluie, et température maximale de 23° dans l’après-midi.

Ma décision prise sur un coup de tête, je me suis empressée d’acheter des billets en ligne. Après ça, on a un peu hésité sur le choix du mode de transport: train ou voiture? En Cambio, c’était une heure de trajet et 65€ de location + 10€ de parking. En train, c’était 50 mn de trajet + 15 mn de marche et 22€ pour nos deux billets aller-retour. L’option à la fois la plus écolo et la plus économique l’a vite emporté – même si j’avoue avoir eu quelques regrets au retour, quand on est sortis du parc déjà lessivés après avoir fait plus de 20 000 pas sur nos vieilles jambes de quinquagénaires et qu’il a encore fallu se traîner jusqu’à la gare de Cambron-Casteau.

Partis de Bruxelles Midi à 8h56, nous voyageons à travers une brume épaisse en priant pour qu’elle tienne le plus longtemps possible. Nous arrivons à Pairi Daiza juste à l’ouverture, avec une stratégie bien définie. Dès le plan du parc en main, nous fonçons vers l’aquarium. Il est déjà plein d’amateurs, et les méduses que je viens voir me semblent beaucoup, beaucoup moins nombreuses que lors de mes visites précédentes. Je leur demande où sont passées toutes leurs copines, mais ne réussis pas à déchiffrer leur réponse à base d’ondulations de filaments. Note à moi-même: chercher s’il y a des cours de méduse sur Duolingo, pour la prochaine fois.

Etape suivante de notre programme: la passerelle aérienne, sur laquelle nous provoquons un mini-embouteillage en prenant beaucoup de photos. J’adore voir le parc d’en haut, et je le recommande vraiment à tous les visiteurs qui n’ont pas le vertige. Puis visite aux pandas qui ne sont pas dehors comme la dernière fois, mais dans la caverne derrière une vitre. Nous pouvons quand même voir deux d’entre eux se bagarrer avec toute la vivacité de l’espèce, c’est-à-dire mollement et au ralenti. Dans la boutique voisine, j’hésite à acheter un truc pour Darklulu dont c’est bientôt l’anniversaire: à 16 ans, ne va-t-il pas trouver ça trop bébé pour lui?

A 11h30 pétantes, nous faisons l’ouverture du restaurant Le Temple des Délices, où nous avions mangé un repas pas extraordinaire mais convenable lors de notre visite précédente. Hélas, avec la fin du Covid, le buffet à volonté est revenu. Beaucoup de choix, mais que des viandes trop cuites et desséchées (tous ces canards morts pour rien, ça me fait vraiment mal au coeur), des pâtes collantes, des garnitures sans assaisonnement ou presque, des pseudo-dim sum qui donneraient une crise cardiaque à un.e Chinois.e. Même les fruits frais du dessert ne sont pas bons: prunes farineuses, ananas sans couleur ni goût… Quand la serveuse qui m’encaisse me demande si j’ai apprécié mon repas, je réponds franchement que non et elle ne le prend pas bien, m’affirmant que la plupart des clients sont ravis. Je raille que soit ils n’ont pas de papilles, soit ils sont trop polis pour dire la vérité. Elle lâche avec raideur: « Question de goût » et je ravale un: « Non, c’était objectivement dégueulasse » – je suis déjà en train de passer pour la Karen de service, et à quoi bon?

Après ça, nous allons boire un thé à l’étage de la Maison du Thé, au milieu du plan d’eau du Royaume du Milieu. Peut-être mon endroit préféré du parc, avec la gigantesque cabane perchée à dix mètres du sol dont l’accès est réservé aux employés. C’est très calme et très agréable; je regrette juste qu’ils aient arrêté de proposer des gâteaux pour manger sur place depuis la pandémie.

Cap sur la Terre des Origines. Les hippopotames ne sont pas visibles, mais nous arrivons sur la plateforme de l’enclos des girafes au moment où elles sont en train de manger, ce qui nous permet de les admirer de très près. Les nuages se sont dissipés, et il fait beaucoup plus chaud que je ne m’y attendais dans cette partie du parc où l’ombre est rare. Je porte un blouson, une robe à manches longues et des collants, et j’avoue que je tire la langue. Nous nous réfugions assez vite dans le Royaume de Ganesha, où nous observons depuis la fraîcheur du temple de pierre les tigres blancs qui posent majestueusement dans leur fosse, puis la famille orang-outang dont la maman tente d’apprendre des acrobaties à son petit tandis que le papa fait la sieste un peu plus haut. Chez les grands singes aussi, la charge mentale est réelle! Nous ressortons le temps d’admirer les éléphants d’Asie qui s’aspergent de terre avec leur trompe.

Nous passons ensuite dans la Terre du Froid pour faire un coucou à nos partenaires de dodo du dernier séjour: les morses. Voir les ours blancs bien nourris vautrés sur leur rocher me laisse une drôle d’impression. Il y a quelques années, je les plaignais d’être enfermés ici, fût-ce à des fins de conservation. Aujourd’hui, je me dis que leur vie doit être bien plus douce que celle de leurs congénères qui crèvent de faim sur une banquise en train de disparaître… Nous tournons un long moment à la recherche du Penguin Bar, même après avoir demandé notre chemin à un employé du parc. Il faut dire qu’il est très bien planqué dans les souterrains et peu ou pas indiqué tant qu’on ne se retrouve pas directement devant sa porte. Mais il y fait délicieusement frais; nos mocktails sont bons, et la vue sur la grotte des pingouins qui viennent se dandiner devant la vitre comme pour tenter d’échanger avec les visiteurs est assez divertissante.

Un peu requinqués, nous rebroussons chemin vers la Terre des Origines pour voir les éléphants d’Afrique. Cette fois, nous parvenons à admirer un hippopotame, qui flotte à demi-immergé dans son bassin et nous gratifie d’un étonnants caca aquatique en faisant tourner ses oreilles façon hélicoptère. Alors que nous descendons dans le tunnel d’observation pour voir si les deux autres ne seraient pas dans le coin, il plonge en rasant la vitre et se fend d’un énooooorme bâillement à trente centimètres de mon nez. La photo de Chouchou – pris par surprise – est floue, mais tant pis: j’ai tellement adoré que je ris toute seule pendant un bon moment.

Nous sommes tous les deux sur la réserve depuis un bon moment. Nous longeons la bande de terre qui se dirige vers le phare, pris d’assaut pour une raison obscure, et nous enfonçons dans la crypte. Je tends la main vers la porte intérieure quand celle-ci s’ouvre à la volée et à contresens, manquant m’assommer. Une ado suivie de son petit frère jaillit dehors en hurlant: « Aaah, il fait tout noir et ça puuuue! ». Je manque me fouler les yeux tellement je les lève fort au ciel. Mais soit: c’est la quatrième fois que je viens ici, et jamais je n’ai vu les chauve-souris aussi actives – pour mon plus grand ravissement. Au lieu de pendre au plafond en grappes, elles fusent dans tous les sens, bien visibles dans la pénombre, et souvent, on sent l’air qu’elles déplacent en passant à quelques centimètres de nous. OK, la crypte est mon endroit préféré du parc ex-aequo avec la Maison du Thé (et dans un tout autre genre, certes).

Nos dernières forces passent dans un crochet par les volières des rapaces. Une femme commente: « Qu’est-ce qu’il est moche, lui! » en regardant un vautour – ou peut-être un condor – à tête bleue occupé à se gratter les plumes avec son bec. Je me retiens de répliquer: « Ben t’as pas vu ta tête, madame », car je devine que ça ne serait pas socialement acceptable. Un peu plus loin, nous nous attristons de voir que la femelle harfang a visiblement été attaquée par le mâle et semble en assez piteux état.

Il y a plusieurs zones du parc où nous n’avons pas encore mis les pieds aujourd’hui, mais nous sommes sur les rotules. Vers 17h20, alors qu’il reste près de trois quarts d’heure avant la fermeture du parc, nous reprenons tranquillement le chemin de la gare. La prochaine fois qu’on viendra à Pairi Daiza, ce sera pour une journée soigneurs. J’ai déjà hâte.

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