« La vie gourmande » (Aurélia Aurita)

Au tout début de ma relation avec Chouchou, du temps où on s’offrait beaucoup de cadeaux coquins, il m’a acheté le premier tome de « Fraise et chocolat », la bédé autobiographique et érotique d’une jeune autrice débutante. Aurélia Aurita, qui vivait à l’époque une grande passion avec un homme plus âgé pour lequel elle était allée s’installer au Japon, a depuis fait beaucoup de chemin au propre comme au figuré. J’ai lu presque tous les albums qu’elle a publiés ces 15 dernières années, et certains m’ont plu ou touchée davantage que d’autres. Mais quand j’ai vu qu’elle sortait une énorme bédé consacrée à son amour de la bouffe et à la place que celle-ci occupe dans sa vie, forcément, je me suis précipitée en librairie le jour de sa sortie pour l’acheter.

Je me suis un peu fait prendre en traître sur ce coup-là. Sans doute parce que je n’avais pas été assez attentive à l’illustration de couverture. Car hormis la cuisine, le second gros sujet de l’album, c’est le cancer du sein que l’autrice s’est découvert fin 2019, quelques mois seulement après avoir perdu sa grand-mère bien-aimée (et quelques mois seulement avant qu’une pandémie ne bouleverse le monde, mais de cela, elle a visiblement choisi de ne pas parler, son sujet de base étant déjà fort dense). Donc, si vous faites partie des gens pour qui les histoires de cancer sont traumatisantes, il vaut sans doute mieux vous épargner cette lecture.

Dans le cas contraire, je ne saurais trop vous recommander « La vie gourmande ». Parce qu’il est intime et sensuel comme tout ce qu’a fait Aurélia Aurita. Parce qu’on y découvre les coulisses du restaurant de Pierre Gagnaire et l’étonnant menu de La Grenouillère, dans le Pas-de-Calais. Parce qu’on a le plaisir un peu voyeur d’observer les amitiés de l’autrice avec des femmes connues et inspirantes telles que Jeanne Cherhal, Mona Chollet et Annie Ernaux, ainsi que la totale absence de complexes avec laquelle sa libido s’exprime auprès de ses différents amants. Parce que l’année de son cancer est contée avec une sincérité touchante. Parce qu’au gré de son récit, elle nous promène avec brio à travers ses souvenirs culinaires. Parce que ses dessins comme ses mots débordent de force vitale, un mélange de curiosité sans limite et de jubilation toujours à fleur de peau (ou de papilles). Un authentique délice.

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