« Extraordinary attorney Woo »

Woo Young-Woo est une jeune femme autiste de 26 ans, passionnée par les baleines et par le droit. Abandonnée par sa mère à la naissance, elle a été élevée par son père qui a renoncé à ses ambitions professionnelles pour ouvrir un restaurant de gimbap. La jeune femme vient de sortir diplômée de la prestigieuse université de Séoul. Mais malgré ses notes maximales et sa mémoire photographique qui fait d’elle une véritable encyclopédie vivante, elle peine à se faire embaucher comme avocate. Lorsqu’on lui offre enfin un poste au sein du cabinet Hanbada, dans l’équipe de maître Jung, l’adaptation est rude pour Woo Young-Woo. Ses maniérismes particuliers lui valent d’abord l’incompréhension, les moqueries voire l’hostilité de ses nouveaux collègues…

Bien qu’intéressée par la culture coréenne au point d’avoir suivi quelque temps des cours de coréen sur Duolingo et de ne manquer aucune expo du centre culturel coréen de Bruxelles, je n’avais jusqu’à cet été jamais regardé de film ou de série coréen.ne autre que « Parasite ». Puis, au début du mois d’août, la page d’accueil de Netflix m’a proposé « Extraordinary attorney Woo », et le mot « autiste » m’a sauté aux yeux dans la présentation. Intriguée, j’ai lancé le premier épisode un soir où je n’avais rien de mieux à faire. Comme je l’avais adoré, Chouchou l’a rattrapé de son côté, et nous avons ensuite regardé le reste de la saison 1 ensemble. C’est sûrement l’une des meilleures choses que nous ayons jamais faite pour notre couple. De mon côté, la série m’a fait l’effet d’un fabuleux doudou. Chacune des réactions de l’héroïne m’a donné l’impression d’être vue et validée dans les particularités de mes TSA. Par moments, j’aurais pu pleurer du soulagement de me sentir enfin comprise. Surtout de manière aussi intelligente et bienveillante.

Si vous êtes autiste ou avez une personne autiste dans votre entourage proche, vraiment, vous devriez vous/lui faire le cadeau de regarder « Extraordinary attorney Woo » (et la traiter ensuite avec la même ouverture d’esprit que le merveilleux Jun-ho). Et même si ce n’est pas le cas, la série possède suffisamment de qualités pour mériter que vous lui consacriez quelques soirées. D’abord, elle met en lumière les plus gros problèmes sociaux de la Corée avec une lucidité souvent brutale. Poids des traditions et respect dû aux aînés, mariages arrangés et discriminations sexistes, endettement délirant, pression scolaire insensée dès le plus jeune âge, place accordée aux réfugiés, droit à l’auto-détermination des handicapés mentaux… Aucun sujet n’est tabou ou trop dur. Pourtant, grâce au travail acharné, aux intuitions géniales et au profond sens de la justice de Woo Young-Woo, les victimes obtiennent généralement gain de cause. Et si cet aspect de la série n’est pas nécessairement réaliste, il l’empêche de devenir plombante.

Ensuite, comme j’avais pu en avoir un minuscule aperçu à travers « Parasite », la culture ciné- et télévisuelle coréenne pratique allègrement le mélange des genres. Donc, si « Extraordinary attorney Woo » ne manque pas de moments difficiles voire tragiques, elle offre aussi, pour contrebalancer, une généreuse dose d’humour et de poésie. Le premier provient souvent de la difficulté de communication entre Woo Young-Woo et son entourage, traitée avec tant de finesse et de sensibilité qu’elle prête non seulement à rire, mais aussi à mieux comprendre d’autres façons d’être et de faire. En bonus, quelques scènes véritablement absurdes, comme celle du karaoké Pengsoo auquel se prête toute l’équipe de maître Jung afin d’établir un contact avec un jeune autiste non-verbal. Quant à la poésie, elle est surtout d’ordre visuel: l’héroïne vouant une passion dévorante aux baleines, qui sont sa plus grande source d’inspiration, elle tend à en voir partout autour d’elle – volant dans les nuages ou se superposant aux objets du quotidien. Chaque fois qu’elle a une idée géniale, une brise marine invisible agite ses cheveux, et un cachalot, ou une orque, ou un dauphin jaillit des flots pour exécuter une pirouette triomphale. Enfin, la série possède aussi un petit côté soap opera assez rigolo qui intervient dans les relations amoureuses des personnages… mais je ne vous en dis pas plus pour ne pas vous spoiler.

Outre la richesse de ses scénarios, la pertinence des thèmes qu’elle aborde et la variété dans sa façon de les traiter, « Extraordinary attorney Woo » se distingue aussi par la qualité d’interprétation de ses acteurs. Ceux-ci disposent d’un matériau de rêve, avec des personnages secondaires assez caricaturaux au premier abord, mais qui gagnent (presque) tous en profondeur et en intérêt au fil des épisodes. Mention spéciale, bien entendu, à l’épatante Park Eun-bin qui joue le rôle-titre. A aucun moment ça ne m’a dérangée qu’elle ne soit pas réellement autiste. Au contraire, je n’en ai que davantage admiré son travail bluffant sur la gestuelle, les attitudes et les regards. On sent à quel point sa Woo-Young Woo est différente; pourtant, on ne peut s’empêcher de la trouver attachante. Elle en fait une héroïne incroyablement fragile et forte à la fois, malmenée par le monde qui l’entoure mais toujours résiliente, dotée de très peu d’empathie mais incapable de mentir ou de dissimuler ses émotions, fidèle à elle-même et pourtant disposée à faire un pas vers les autres. J’espère que sa performance sera récompensée d’une manière ou d’une autre. Quant à moi, j’envisage de me repasser les 16 épisodes de la saison 1 en boucle jusqu’à la sortie de la 2, annoncée pour 2024. Et d’adopter le « Woo, woo » avec le geste d’apaisement qui l’accompagne chaque fois que j’aurai besoin de calmer quelqu’un qui s’emballe.

3 réflexions sur “« Extraordinary attorney Woo »”

  1. Je partage ton enthousiasme pour cette série.
    Et me répète : « Move to heaven » , aussi sur netflix, est tout aussi formidable.
    Cela fait tellement de bien de dédramatiser la différence…

  2. J’ajouterai que le rythme de natation des séries coréennes est apaisant et revigorant par rapport aux rythmes des séries françaises et américaines (tu te doutes que je suis fan aussi)

  3. Je suis en congé maternité donc j’ai enfin un peu de temps alors j’ai lancé cette série, merci pour la recommendation!
    Je me fie souvent à tes avis, tout en connaissant mes propres goûts et limites, et généralement c’est un succès 🙂

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.

Retour haut de page