[CRACOVIE] Où il y a beaucoup trop d’humains dans l’antre du dragon

 

Cette nuit, nous avons tous les deux été dévorés vifs par des moustiques fourbement silencieux dont nous ne soupçonnions même pas la présence dans notre studio. A notre réveil, le soleil est revenu pour saluer notre départ de Varsovie. Nous réglons les derniers détails de notre arrivée à Cracovie: le propriétaire de l’Airbnb que nous avons réservé s’absente pour le week-end et propose de nous laisser la clé sous le paillasson, ce qui me fait bondir; je réclame qu’il la dépose plutôt dans un commerce voisin, et finalement il nous dit qu’il enverra quelqu’un nous attendre sur place.

Notre section d’avenue est bloquée par des plots de béton, ce qui nous oblige à aller prendre un tram beaucoup plus loin. Une fois de plus, je me félicite de mon habitude de toujours partir très en avance pour absorber les imprévus. A notre arrivée à la gare centrale au style étonnamment rétro-futuriste, nous avons encore largement le temps d’acheter de quoi pique-niquer dans le train. Surprise: celui-ci, censé partir à 11h54, arrive à quai depuis une autre ville à… 11h25, puis reste stationné là pendant une demi-heure. Je ne comprends pas bien l’intérêt de la manoeuvre, surtout pour les passagers qui viennent de plus en amont sur la ligne et à qui ce long arrêt fait perdre pas mal de temps. 

Dernier modèle de chez Alsthom, notre train est deux crans plus confortable que les TGV français – et un trajet de 2h30 à son bord ne coûte que 36€ en tarif plein. Le site internet nous avait attribué deux places de part et d’autre du couloir, mais le jeune homme à casquette de baseball et FFP2 rose censé occuper le siège voisin de celui de Chouchou veut bien échanger sa place avec moi. Peu de temps après le départ, une dame munie d’un chariot passe dans toutes les voitures pour distribuer des bouteilles d’eau gratuites – nous avons même le choix entre plate et pétillante. Et bien entendu, le wifi marche impec. Le trajet passe très vite, même si nous arrivons à Cracovie avec un petit retard de 5 ou 10 mn. 

5 ou 6 arrêts de tram plus tard, nous atteignons notre Airbnb où l’ami du proprio nous remet la clé et file sans demander son reste. Le quartier semble sympa et animé, avec beaucoup de restaurants et de supérettes. Quant à l’appartement lui-même, wow! J’en avais proposé deux à Chouchou, un à la déco minimaliste à base de blanc avec des touches roses et vertes, et un autre avec des murs de brique nue et une déco de style industriel. Evidemment, il a opté pour le second. Ca se révèle un excellent choix: c’est un T2 très spacieux, stylé et hyper bien équipé. Pendant que Chouchou file acheter de la lessive (il y a une machine à laver mais la boîte de Persil est vide, et nous sommes en grande pénurie de linge propre), je file à la douche… et inonde toute la salle de bain grâce au génie qui a eu l’idée d’accrocher le pommeau à la verticale avec les trous tournés vers le reste de la pièce plutôt que vers un des trois murs. Bon, ben les serviettes de toilette que je viens d’utiliser pour éponger le sol partiront au lavage elles aussi. 

Vers 16h30, propres et vêtus de frais, nous sortons pour une première exploration. Il fait 27° (au moins deux de trop pour moi), et je suis abasourdie de trouver les rues de la vieille ville grouillantes de monde. Pas un poil d’ombre sur la grande place du Rynek. Nous voulons nous réfugier dans les anciennes halles aux draps, mais elles sont bondées de gens sans masque et bordées d’affreuses boutiques de souvenirs. Grâce à ces dernières, nous découvrons néanmoins que si l’emblème de Varsovie est une sirène, celui de Cracovie est… un dragon. Et pour Gdansk, une licorne, peut-être?

Nous nous engouffrons au Hard Rock Café local sur lequel nous sommes tombés par hasard et achetons encore un T-shirt chacun. Puis nous cherchons un endroit où boire un verre en ré-examinant nos plans pour la suite. Hélas, entre les cafés qui n’acceptent pas les cartes de paiement et ceux que je trouve déprimants à peine le seuil franchi, la tâche n’est pas évidente. « Avec la chaleur et le monde, tu es en surcharge sensorielle. Rien ne va te convenir », diagnostique sagement Chouchou. Je fais de mon mieux pour éviter le meltdown. Nous rebroussons chemin jusqu’au Leaky Cauldron, un bar à mocktails ambiance Harry Potter, mais il y a la queue tout le long de l’escalier qui descend au sous-sol, et l’odeur indéfinissable qui monte de celui-ci me fait tourner les talons très vite. 

Du coup, nous décidons de passer directement à l’étape « dîner de bonne heure ». Mais les jolies terrasses sont déjà prises d’assaut, et quand je demande si le resto un peu chic spécialisé dans la viande d’oie fumée aurait une table libre pour nous, le serveur me toise le long de son nez et lâche du bout des lèvres que c’est complet avant de s’éloigner sans attendre ma réponse. Ca fait vraiment envie. Sentant monter ma frustration, Chouchou suggère qu’on retourne dans notre quartier où il a repéré un thai d’apparence sympa. Alors que nous redescendons la voie royale (oui, la configuration ici est exactement la même qu’à Varsovie), nous passons devant une enseigne de style moyenâgeux qui m’interpelle. A tout hasard, je demande si ce serait possible de dîner: la réponse est oui! La serveuse nous entraîne vers un joli patio où il fait agréablement frais et où il reste encore plein de place. 



Le Pod Aniolami sert de la cuisine polonaise typique, ce qui nous convient parfaitement. Chouchou prend un hareng traditionnel en entrée, suivi par un assortiment de pierogis. Pour moi, c’est fromage de brebis grillé aux airelles marinées dans de l’alcool, puis boudin accompagné de champignons et d’oignons réduits dans du vin rouge. Un bon repas quelque peu gâché par l’inconfort des sièges en bois « médiévaux », à l’assise si peu profonde que je glisse en avant jusqu’à ce que mes pieds touchent terre (paye ton mètre cinquante-quatre), alors que la table elle-même est environ dix centimètres trop basse. Si le but est que les clients ne s’attardent pas, c’est très réussi. Je ne serais pas surprise que l’ameublement ait été conçu par le génie qui a raccroché la douche de notre appart – ou un de ses parents proches. 

Nous rentrons ensuite à pied. Ce premier contact avec Cracovie m’a énormément déçue. Même en faisant abstraction du monde et de la chaleur, on m’avait beaucoup vanté le charme de l’ancienne capitale polonaise et… je trouve la Stare Miasto locale bien moins belle que celle de Varsovie. Heureusement, j’ai prévu des activités à l’extérieur de la ville pour lundi et mardi. Quant au reste du temps… je vais reprendre mes guides et modifier le programme prévu. J’ai réussi à éviter un meltdown, et ça n’est déjà pas si mal. 

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