L’effet rebond

Après plusieurs mois très difficiles, je suis actuellement dans ce que j’appelle une de mes phases de rebond.

Chaque fois que des circonstances extérieures appuient sur mes mauvais boutons, je pars dans une spirale descendante, un cercle vicieux que chaque nouvelle supplémentaire vient alimenter. Une fois que j’ai touché le fond, je n’ai plus d’autre choix que me supprimer ou remonter. Et jusqu’ici, après avoir envisagé plus ou moins longuement la première solution, j’ai toujours fini par opter pour la seconde. C’est le début d’une spirale ascendante, l’amorce d’un cercle vertueux où chaque chose que j’arrive à voir sous un angle positif renforce ma conviction temporaire que ça va aller, que je peux triompher des obstacles et des difficultés, que le monde n’est pas si moche et l’avenir pas si noir. C’est comme si la lumière se rallumait dans ma tête et que je pouvais de nouveau respirer librement. Succédant à des semaines voire des mois de désespoir violent, ce sentiment a quelque chose de vertigineux. Au point que je me suis parfois demandé si je n’y étais pas accro inconsciemment, si je ne perpétuais pas ce cycle infernal pour le flot d’endorphines qu’il déclenche dans les phases de rebond. Comme une droguée à l’envers, qui passerait à la caisse de la descente avant d’être autorisée à planer.

Ma nouvelle thérapeute me trouve étonnamment gaie pour quelqu’une qui envisageait de s’ouvrir les veines il y a moins d’un mois, et mes abonnés Instagram semblaient soulagés de me voir souriante sur une photo postée samedi dernier. Comment expliquer que c’est juste un miroir aux alouettes? Que je suis capable de faire bonne figure par orgueil, de plaisanter et de me marrer même quand je vais très mal? Avec les gens atteints de troubles mentaux sérieux, il ne faut jamais se fier aux apparences. Et ce qui est vrai un jour ne l’est pas forcément le lendemain. Un moment, je me suis demandé si mon moral en sinusoïde n’était pas un symptôme de bipolarité, mais pour avoir étudié la question, je ne pense pas que ce soit le cas. J’ai juste un bon gros Trouble Anxieux Généralisé (TAG pour les intimes) qui obéit à un mode opératoire hyper routinier. Tôt ou tard, d’autres circonstances extérieures appuieront de nouveau sur mes mauvais boutons, et je repartirai dans une spirale descendante.

Du coup, c’est maintenant – pendant que ça va bien, que j’ai de l’énergie mentale et même une certaine dose d’optimisme prudent – que je dois m’équiper pour freiner la dégringolade. Alors, je harcèle la psy pour avoir des rendez-vous le plus souvent possible, et pendant les séances, je me force malgré mes réticences à déballer tous les trucs qui fonctionnent de travers dans mon cerveau. Apparemment, rien que la dame n’ait déjà vu mille fois. Leçon d’humilité n°127 depuis début janvier: même nos défaillances ne sont pas si uniques que nous aimerions le croire; même la souffrance ne nous change pas en précieux flocons de neige. Je profite de cette période où, faute de pouvoir faire des projets personnels, j’ai beaucoup de temps libre à côté de mon travail, pour mettre à plat tous mes schémas mentaux, les examiner d’un oeil critique et m’efforcer de démonter ceux qui me desservent. Franchement, il y a du boulot. Mais si je ne le fais pas là, je ne le ferai jamais.

6 réflexions sur “L’effet rebond”

  1. Je me reconnais dans ce que tu dis là, je suis dans une période difficile où je ne sais pas encore si mon pied va bientôt toucher le sol pour me faire remonter ou si je vais encore passer les prochaines semaines roulée en boule dans mon canapé… Une seule bonne nouvelle suffirait à me donner l'élan nécessaire et à contrario je sais que la déception (cet émotion que je n'arrive pas à gérer) pourrait faire de gros dégâts 🙁
    En attendant, j'oscille entre des périodes d'euphorie et d'anxiété profonde que personne ne comprend. Ton témoignage a réveillé en moi l'envie de consulter un spécialiste…

  2. Bonjour Armalite,

    Je ne suis pas psychologue, mais ce que vous vivez, au fil des mois, m' évoque vraiment une personnalité HPI ou HPE ( Haut Potentiel Intellectuel ou Emotionnel ) Ce n' est diagnostiqué que depuis peu d' années, et encore, pas par tous les psy. Donc des individus traités à tort comme des névrosés ou psychotiques, alors qu' il ne s' agit que d' un fonctionnement neurologique différent ou plus rapide. La place me manque pour en parler plus en détail , mais il y a des centres experts pour être dépisté correctement, le seul que je connaisse est à Ste Marguerite à Marseille. Je vous lis depuis très longtemps, vos posts sont toujours intéressants ou émouvantts, je vous en remercie

  3. C'est génial que tu aies réussi à trouver une bonne thérapeute.
    J'espère que ta phase de "rebond" durera longtemps 🙂

  4. Bonsoir Armalite,
    Je te partage un petit conseil lecture très intéressants : Goupil ou face,de Lou Lubie (éditions Vraoum).
    Bon très très long rebond 🙂

Les commentaires sont fermés.

Retour haut de page