Où je prends les mesures qui s’imposent

Pendant le confinement, la talentueuse Anne Montel (qui a créé la bannière du blog, faut-il le rappeler) publiait sur Instagram des stories la montrant en train de réaliser des dessins libres. Quand j’ai vu celui qui illustre ce billet, il m’a tellement parlé que je le lui ai réservé avant même qu’elle l’ait fini. Cette petite fille qui crie aux animaux qui l’entourent qu’elle n’a pas besoin d’eux, BORDEL, c’est tellement moi! Par rapport aux gens en général, bien sûr. Mais à ce moment-charnière où ma santé mentale recommençait à basculer vers le pire, elle incarnait aussi ma défiance envers les deux seuls moyens connus, non pas de guérir mais de traiter l’anxiété chronique: les médicaments et la thérapie.

Les médicaments, j’avais déjà essayé il y a un peu plus de 10 ans quand j’allais vraiment très mal. Une combinaison de Deroxat (anti-dépresseur) et de Xanax (anxiolytique destiné à contrer les pires effets secondaires de l’anti-dépresseur). J’ai passé six mois complètement abrutie, à dormir 16 heures par jour et à avoir juste envie de bouffer les 8 autres. Tout me coûtait un effort immense, et alors que j’étais déjà en surpoids, j’ai pris 10 kilos que je n’ai jamais réussi à reperdre malgré tous mes efforts. Donc, même si je pense que ça m’a sauvé la vie sur le coup, je n’étais pas chaude du tout pour en reprendre.
La thérapie m’a toujours inspiré une profonde répugnance. Chouchou, qui en suivait déjà une avant notre rencontre et qui trouve ça très bénéfique, pense que c’est un problème d’ego – le mien culminant légèrement au-dessus du sommet de l’Himalaya, c’est en effet une hypothèse plausible. L’idée de me montrer vulnérable devant un(e) inconnu(e) me donne des sueurs froides, à tel point que je passerais probablement les séances à expliquer que oui, bon, je ne vais pas si mal que ça au bout du compte, ce qui ne ferait pas avancer le schmilblick d’un poil. A l’époque de ma première prise d’anti-dépresseurs, j’avais tout de même essayé deux psys en région bruxelloise. La première pratiquait l’EMDR, une technique destinée à soigner les traumatismes qui ne m’avait pas du tout convenu: les mouvements oculaires me filaient la migraine; les tapotis sur ma main me donnaient envie de la frapper car je déteste que des inconnus me touchent. 
Le second utilisait une forme d’hypnose à laquelle mon cerveau a opposé une fin de non-recevoir ferme et définitive – je suis, par nature, très carapaçonnée contre les tentatives de persuasion extérieure, si bien intentionnées soient-elles. Mon cerveau hyper efficace dans certains domaines fait absolument n’importe quoi dans d’autres, mais c’est SON n’importe quoi et il entend que ça le reste. J’ai toujours préféré avoir tort à ma façon que raison à celle des autres. « Problème d’ego », répète Chouchou dans ma tête comme je tape cette phrase. Peut-être. Mais mon ego me rend service dans tellement d’autres situations! Il me donne de l’assurance et une estime de moi à peu près inébranlable; il me rend imperméable à l’opinion des autres et me pousse à faire les choix qu’il sait être les meilleurs pour moi, par opposition à ceux que mon entourage ou la société tentent de m’imposer – comme choisir un job salarié ou avoir des enfants. Du coup, ce n’est pas si simple de le remettre partiellement en cause. 
Et puis surtout, je n’ai pas besoin d’une thérapie classique. Je sais parfaitement d’où vient mon anxiété et comment elle fonctionne. J’ai passé suffisamment de temps à lire des bouquins de psycho  et à explorer mon nombril pour connaître mes rouages internes par coeur. Ce dont j’ai besoin, c’est de solutions concrètes pour reprogrammer mon cerveau et l’empêcher de basculer systématiquement en mode catastrophiste. Donc, comme me l’avait suggéré mon généraliste il y a déjà dix ans, j’ai décidé d’entamer une thérapie comportementale cognitive, un processus relativement court et concret qui a de meilleures chances de me convenir. Je n’ai pas trouvé de praticien adéquat sur Toulon; j’attendrai donc d’être rentrée à Bruxelles pour en choisir un(e) – d’autant que, vu le nombre de personnes en thérapie dans mon entourage local, je devrais facilement pouvoir obtenir des recommandations au lieu de chercher à tâtons. 
En attendant, la semaine dernière après une nuit particulièrement difficile, je suis allée voir mon généraliste et je lui ai demandé de me remettre sous anti-dépresseurs. Comme le Deroxat ne m’avait pas convenu, il m’a prescrit du Zoloft, dont je crois comprendre que c’est une molécule un peu plus « douce » puisqu’on s’en sert aussi pour traiter les ados. Je sais qu’il faudra 3 semaines pour qu’elle fasse pleinement effet, mais je constate déjà un mieux. Hormis le matin au réveil, où j’ai toujours un moment de stress-réflexe, mon anxiété me fout la paix pendant la journée. La contrepartie, c’est que je suis devenue indifférente à tout. Le Deroxat m’avait comme enveloppée d’ouate physiquement et intellectuellement; le Zoloft me fait la même chose, mais émotionnellement. Je suis fonctionnelle, avec juste un peu moins d’énergie que d’habitude (grosse envie de sieste après le repas de midi, coucher dès 23h alors qu’en temps normal je traîne facilement jusqu’à 1h du matin). Je n’ai pas plus faim qu’avant – ce qui me soulage beaucoup. Simplement, je ne ressens pas grand-chose, ni en positif, ni en négatif: une sensation très bizarre pour moi qui ai toujours eu des émotions violentes et contrastées. Vu l’état dans lequel j’étais depuis plus de deux mois, franchement, c’est un progrès qui m’apporte un repos salutaire. Mais ça ne pourra pas être une solution à long terme. 

3 réflexions sur “Où je prends les mesures qui s’imposent”

  1. J'adore le commentaire-réponse "problème d'ego" haha, qui me donne envie de faire un petit partage d'expérience: il y a de nombreuses années, j'ai suivi une TTC pour un problème de boulimie qui me pourrissait la vie depuis 10 ans et la TTC m'en a sortie en un an et des brouettes. Donc, je ne peux que conseiller!

    Maintenant, tout n'était pas résolu dans ma vie, alors plus tard j'ai repris une thérapie systémique (je ne vois pas l'intérêt d'une analyse où quelqu'un reste assis derrière toi à faire des hmm, pendant que tu parles). Ma psy avait du répondant, elle me bousculait parfois, c'est ce que j'aimais chez elle et je me suis davantage servie d'elle comme d'une sorte de TTC, c'est-à-dire: je raconte des trucs qui ne me vont pas, elle me donne des alternatives, je repars dans le monde tester et je reviens chez elle pour débriefer.

    Par contre, j'ai bien dû mettre 1 an et demie avant de lui faire confiance. Donc ce que tu dis me parle beaucoup. Et là je dirai que pour moi, ce n'est pas tant un problème d'ego que de schémas.

    Je m'explique: une partie de moi se rappelle parfaitement du fait que les personnes à qui je faisais confiance petite, quand j'étais mega vulnérable et en pleine construction, m'ont fait beaucoup beaucoup de mal. Donc cette partie va monter au créneau et ériger des barricades dès que je veux me montrer vulnérable, parce qu'elle se méfie de tout le monde maintenant et c'est donc pour mon bien qu'elle fait ça. Mais le problème est que parfois ce n'est pas pour mon bien. Donc il faut apprendre à expliquer à cette partie: "merci de vouloir me protéger de tout écrabouillage d'entrailles possible, mais là j'ai envie d'essayer de me livrer un mini poil et je pense que ça ira." Ce qui permet de rassurer cette partie super inquiète avec les expériences nouvelles qui montrent que c'est ok dans le temps.

    Ce qui m'amène à mon dernier point: il y a quelques mois je suis tombée sur une autre forme de thérapie qui m'a l'air pas mal du tout, et vu que tu n'as pas encore choisi de thérapeute, je me permets de te parler de ça. C'est la thérapie des schémas qui fait partie des TTC, mais de la "3ème vague". Jette un coup d’œil sur les interwebs, ça peut peut-être te parler. Ça va dans le sens de mon avant-dernier paragraphe. L'idée est de poser à plat tes schémas issus de tes blessures et d'aller les traiter, mais concrètement justement, en faisant un plan d'action et pas juste en en parlant avec quelqu'un une fois par semaine.

    Voilà, bonne recherche et tant mieux si l'anti-dépresseur t'apporte un soulagement temporaire. Souffler est important.

  2. Bravo pour ta démarche. Ce n'est jamais facile. J'ai fait moi-même une TCC il y a 12 ans pour anxiété généralisée chronique et agoraphobie…Grâce à cette thérapie, j'ai appris à réfléchir d'une autre manière et suis, finalement, très vite sortie de l'agoraphobie…Je confirme que ça n'a rien à voir avec toi qui parle et le psy qui ne fait qu'écouter ou qui relie tout à ta relation avec ta mère en 1984 haha…Tout n'est pas réglé bien sûr mais je ne suis plus envahie par toutes ces pensées intrusives que j'avais auparavant. A Bruxelles, tu as le CGAS rue Henry Jaspar. C'est un centre spécialisé. Moi, j'ai été prise en charge là et comme je t'ai dit, je suis satisfaite. Courage à toi.

  3. @Ophelia: Merci pour ton retour d'expérience, c'est encourageant. Je vais me renseigner sur la thérapie des schémas, ça a l'air intéressant. Car clairement, chez moi aussi, sous le problème d'ego il y a de vieilles blessures qui font que j'ai développé une grosse carapace bien dure dont je n'arrive plus à me dépêtrer même quand ça ferait sens.
    @Elisa: Merci pour l'adresse!

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