« Miss Charity T1: L’enfance de l’art » (Loïc Clément/Anne Montel)

A l’origine, il y a un formidable roman jeunesse de Marie-Aude Murail paru à l’Ecole des Loisirs. Inspiré de la biographie de Beatrix Potter, la créatrice anglaise de Pierre Lapin, « Miss Charity » est l’un rares livres m’ayant suffisamment enchantée pour que je le conserve et le relise quelques années plus tard. J’étais donc obligée de me jeter dès le jour de sa sortie sur cette adaptation en bédé réalisée par mon duo fétiche.
Dans le premier tome de ce qui devrait être une trilogie, nous faisons la connaissance de Charity Tiddler, une fillette de la bonne société victorienne qui ne reçoit guère d’attention de ses parents. Sa mère se soucie uniquement qu’elle se montre pieuse et docile; son père ne lui adresse pratiquement jamais la parole. Afin de tromper son ennui, Charity collectionne toute sorte d’animaux éclopés ou promis à la casserole, dont elle aime observer et décortiquer le comportement. Sa vive curiosité fait d’elle une naturaliste dans l’âme, capable de considérer les réalités de la vie sans dégoût ni excès de sentimentalisme. Le jour où sa gouvernante Blanche l’initie à l’aquarelle, un monde nouveau s’ouvre à elle…

Entre la nécessité de respecter le matériau originel et celle de lui apporter un plus, ou tout au moins une touche personnelle justifiant qu’on s’en soit emparé, il n’est jamais facile de réaliser une bonne adaptation. Pari réussi pour Loïc Clément et Anne Montel. Le premier offre un scénario plus dynamique que celui du roman, tout en préservant ses meilleurs morceaux et en accentuant son humour parfois un rien macabre – je pense notamment au passage délicieux qui met en scène les petites soeurs mortes. La seconde joue du pinceau plus habilement que jamais pour composer des pages riches, où le regard trouve sans cesse de nouveaux détails à admirer. La délicatesse de ses couleurs restitue à merveille l’atmosphère un peu étouffante de la maison des Tiddler et, par contraste, la fraîcheur des scènes en extérieur. Quant aux planches de la bibliothèque parentale ou du sapin de Noël, qui ont dû nécessiter chacune de nombreuses heures de travail, elles mériteraient d’être imprimées en poster. Je dirais bien que cet album est un bijou, mais mon petit doigt me souffle que ce serait malvenu. Disons donc: un enchantement qui ravira les adultes autant que les enfants. 

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