Par amour

Par amour, je me suis mariée alors que j’étais contre le mariage. J’ai supporté une belle-famille catho de droite limite facho. J’ai vécu quatre ans à Nantes dont le climat me déprimait à longueur d’année, à mille kilomètres de ma famille et de mes amis. J’ai entretenu, pendant le même laps de temps, un Breton qui ne trouvait aucun boulot assez bien pour lui. J’ai subi de monstrueux accès de colère parce que je ne cadrais pas avec son idée de la parfaite épouse féminine et docile. Je me suis fait traiter de pute parce que j’avais osé me faire un tatouage sans son consentement. Et j’ai pris la seule décision possible qui était celle de divorcer avant qu’on s’entre-détruise – assumant l’entière responsabilité matérielle de notre séparation et passant pour la salope aux yeux de tout notre entourage.
Par amour, je suis partie m’installer aux Etats-Unis – pas à New York, à San Francisco ou dans un endroit fun, mais dans une petite bourgade de Pennsylvanie en plein pays amish. Encore plus loin de mes proches, dans un climat encore pire qu’à Nantes, sans aucune garantie d’être autorisée à rester d’un trimestre sur l’autre par des services d’immigration très peu conciliants.
Par amour, j’ai enfreint tous mes principes en ayant une liaison avec un homme marié. J’ai perdu douze kilos. Je me suis fait tatouer un kanji comme une façon de le porter dans ma chair. J’ai passé mon brevet de plongée pour partager sa passion alors que j’ai une trouille bleue de l’eau. J’ai attendu qu’il quitte sa femme – et c’est finalement sa femme qui l’a quitté. Pour fêter ça, je me suis ruinée pour lui offrir la montre de ses rêves (une Omega Seamaster). Je suis allée m’installer chez lui, en pleine campagne alors que je n’aime que la ville, dans une maison trop petite pour nous deux mais qu’il refusait de quitter. Quand il a pris sa retraite de la marine pour se consacrer à une seconde passion très peu lucrative, j’ai assuré seule nos dépenses communes pour lui éviter de se gâcher la vie avec un boulot alimentaire. Je me suis pliée à son rythme de vie. Ses amis sont devenus les miens. Je me suis perdue de vue pendant sept longues années. Je n’ai pas eu d’autres orgasmes qu’en solitaire pendant le même laps de temps. Et quand il s’est lassé de moi, je suis partie en lui laissant tout ce qui m’appartenait dans la maison de peur qu’il ait du mal à s’en sortir seul financièrement.
Je ne suis pas en train de pleurer sur mon sort. Personne ne m’a forcée à faire toutes ces choses et je suis aussi partiellement responsable de l’échec de mes couples successifs. Mais aujourd’hui, j’aime quelqu’un de tout mon coeur, de tout mon corps, de toute mon âme. Quelqu’un qui vaut vraiment les sentiments que je lui porte, et peut-être même davantage. Quelqu’un qui me rend plus heureuse que je ne l’ai jamais été. Quelqu’un avec qui j’ai une relation totalement hors du commun, aussi intense et déjantée qu’on peut l’être tous les deux.
Et je ne sais pas ce qu’il me reste à lui donner.

6 réflexions sur “Par amour”

  1. Ca fait quelques temps que je viens sur ton blog pour te lire, avec ce voyeurisme propre à l’exercice, et franchement je suis à chaque fois touché.
    C’est drole, emouvant, juste, lucide, ca rappelle des souvenirs, c’est même parfois dérangeant ce partage d’intimité.
    En tout cas merci.
    Bon et sinon pour le sujet, PROFITES 😉

  2. je ne sais pas ce qu’il me reste à lui donner. un gamin ? un déménagement ? un beau sourire ? un avion privé ? Un peu d’imagnation que diable../

  3. Chou: elle a décidément beaucoup de succès celle-là…
    Adi: merci beaucoup pour tes compliments, ça fait plaisir de lire ça au saut du lit! 🙂
    Baud: un gamin, ça serait sans doute pas possible même si je voulais (cf le post sur mon nouveau gynéco). Un déménagement, déjà fait pour quelqu’un d’autre avec des conséquences pas franchement positives. Un beau sourire: si on considère que béat = beau, je lui en fais tout le temps. Un avion privé, mon banquier est pas d’accord.

  4. Je pense que ce que tu lui offres deja, par ta presence, ton amour, ta complicite, est deja un magnifique cadeau…

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