[AMSTERDAM] Où je passe la journée à me promener en pyjama

Nous ne partons pas en vacances l’été. Mais cette année, histoire de casser un peu la routine, j’avais prévu un week-end à Paris fin juin, et un autre à Amsterdam fin août. Le week-end à Paris fut pénible à cause de la canicule, puis je suis tombée en dépression, et j’ai passé toute la semaine précédant notre départ à Amsterdam à me maudire pour mes choix de vie. Je n’avais plus aucune envie de me lever à 5h du matin pour aller errer pendant deux jours dans une ville que je connais déjà fort bien, au lieu de passer des heures roulée en boule dans un coin avec ma musique dans les oreilles et une autre réalité dans la tête. Néanmoins, c’était mon problème et pas celui de Chouchou, que je ne voulais pas priver de ce break.

Samedi dernier, donc, le réveil sonne à 5h, et comme je suis déjà réveillée vu que je dors très mal en ce moment, je n’ai pas de mal à me lever tout de suite. Il a l’air de faire froid dehors, aussi je décide de rester en pyjama tenue d’intérieur le temps du voyage, et de n’enfiler une de mes jolies robes qu’une fois arrivée à destination. A 6h, nous prenons une Poppy réservée pour l’occasion et nous partons à la gare du Midi. Le temps d’acheter des boissons et de quoi grignoter chez Prêt à Manger, nous montons dans un Eurostar direct pour Amsterdam, que nous atteignons deux heures plus tard. Il fait gris et il pleut, mais à ce stade, du moment que le thermomètre affiche moins de 30°, je ne rouspète même plus après la météo.

Comme nous repartirons demain de la gare d’Amsterdam Zuid, j’ai choisi un hôtel dans le sud de la ville. Nous prenons le métro 52 juste devant la gare centrale, descendons 5 stations plus tard et arrivons à moins de cent mètres du nhow Amsterdam RAI. A l’accueil, la réceptionniste française me donne le choix entre une chambre avec des lits jumeaux au 2ème étage, disponible tout de suite, où une chambre avec un king size située au 22ème et « plus chouette », mais disponible seulement à partir de 15h. J’opte pour la deuxième solution. Et puis, vu qu’il ne fait pas meilleur ici qu’à Bruxelles, je décide de garder mon pyjama ma tenue d’intérieur aujourd’hui. Les Amstellodamois.es en ont vu d’autres, et au pire, je me fiche qu’on me regarde bizarrement.

Le temps de remonter sur le centre, il n’est même pas encore 10h, et nous devons attendre sous la pluie l’ouverture de l’American Book Center (et des autres commerces). Je ne sais pas si je dois classer ça en avantage ou en inconvénient, mais mon état dépressif fait que je n’ai envie de rien. Je ressors les mains vides et le pas léger. Nous poursuivons par notre tour habituel dans le quartier archi-bobo et touristique des neuf rues. Je note au passage les enseignes déjà connues (« Tiens, on a mangé ici la dernière fois », « Oh, le magasin de cosmétiques coréens est toujours là ») et les nouvelles. Une chaîne de cafés du nom de Chun a essaimé partout, créant des files d’attente incroyables sur les trottoirs. Partout pullulent les pancartes demandant gentiment de ne pas s’asseoir devant les magasins ou sur les escaliers des maisons pour manger. Mais je trouve les rues bien vides et mornes en comparaison de nos séjours précédents. La faute à la météo? A la rentrée imminente?

Le midi, nous nous arrêtons au Koeah, une petite cantine indonésienne où je mange une soupe délicieusement parfumée à la coriandre et à la citronnelle, servie par des gens adorables. Nous passons ensuite chez The Otherist, boutique-cabinet de curiosités qui est l’une de nos adresses incontournables à Amsterdam, et dont je ne ressors jamais les mains vides. Le vendeur est charmant, et il a toujours une belle sélection d’objets inhabituels.

En sortant, nous nous dirigeons vers Kalverstraat, la grande rue commerçante qui part de la place du Dam pour descendre vers le quartiers des musées. Le MOCO est un peu loin, mais l’heure de réservation de nos billets nous laisse le temps de nous y rendre à pied, et la pluie s’est enfin arrêtée. C’est l’occasion de faire monter le compteur de pas – et d’acheter différents types de gouda dans l’une des boutiques de l’Amsterdam Cheese Company.

C’est déjà notre deuxième visite au MOCO, et je reconnais immédiatement une bonne partie de la collection permanente (tandis que nous ne sommes toujours pas allés au célébrissime Rijks juste en face, malgré la pression pas du tout subtile que Chouchou exerce sur moi depuis un nombre d’années à deux chiffres avant la virgule). Les expos temporaires sont sympas mais pas d’une folle originalité: le genre d’oeuvres instagrammables et à faible portée culturelle qu’on voit fleurir un peu partout depuis des années. J’aurais mieux fait d’aller admirer la Laitière dans son habitat naturel: la subtile lumière batave.

Nous prenons le tram pour remonter vers le centre et nous rendre au salon de thé Moychay, chaudement recommandé par la patronne du Chashi à Bruxelles. Leur salle de dégustation est très agréable, avec des jeux de société à disposition de la clientèle. Il n’y a pas réellement de carte: on choisit un grand type de thé (vert, pu-erh, oolong…), l’employée au comptoir de vente présente ce qu’ils ont en stock à ce moment-là dans cette catégorie, et on paye 10€ la théière pour une personne, ou 12,50€ pour deux. Parmi les quatre verts chinois qu’elle me montre et dont elle me décrit l’arôme; je choisis le floral/herbacé dont les feuilles ressemblent le plus à ce que j’aime d’habitude.

Un jeune homme nous l’apporte à table et nous explique comment le faire infuser dans leur modèle de théière un peu particulier, avant de le verser dans des tasses qui doivent contenir l’équivalent d’un dé à coudre. Déception: le thé est tellement subtil qu’il n’a pratiquement aucun goût. J’augmente le temps d’infusion sans beaucoup plus de résultat, jusqu’au moment où j’obtiens un résultat légèrement amer. J’avoue que j’attendais mieux. Je ne regrette cependant pas le déplacement, ne serait-ce que pour la magnifique collection de théières et de bols à thé.

Nous marchons jusqu’au Full Moon Garden, un restaurant de dim sum où l’on passe commande en cochant des cases sur le formulaire posé sur la table, avec un stylo également fourni. Petite réminiscence de notre voyage à Hong Kong de 2018, où la bouffe avait été de très loin mon truc préféré… Nous prenons 5 petits plats, qui se révèlent plus gros que prévus – nous faisons mettre le riz sauté dans un container pour l’emporter, car nous n’avons plus faim après les divers baos et la poitrine de porc grillée. Sur notre sélection, 2 choses sont vraiment délicieuses, deux sont correctes, et je trouve le riz pas terrible. Montant de l’addition avec deux cocktails: presque 100€, ce qui me paraît un peu exagéré. Mais le cadre est sympa, et le service authentiquement brusque quoi qu’efficace.

Nous regagnons notre hôtel en métro vers 19h30. En pénétrant dans notre chambre, surprise: il y a un bel Ecossais barbu sur le mur! La baie vitrée surplombe le sud de la ville, particulièrement tristounet sous la pluie qui a repris en fin de journée. Mais le lit est immense et juste comme on l’aime (ferme, donc). Nous y restons vautrés jusqu’à l’heure du coucher, moi avec Fields of the Nephilim à fond dans les oreilles, et Chouchou riant aux éclats devant le dernier Marion Montaigne. J’ai fait 19000 pas aujourd’hui, et j’espère passer une bonne nuit.

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