Retour au Jardin des Hiboux (1/2)

 

En août dernier, nous nous étions rendus au Jardin des Hiboux pour une journée d’initiation à la fauconnerie. J’en rêvais depuis des années et, après un premier confinement très difficile pour moi et un été plein de tensions dans mon couple, ça avait été un moment merveilleux, un éblouissement à partir duquel j’ai commencé à remonter la pente du gouffre dans lequel je m’étais laissée tomber. Eperdue de reconnaissance, j’avais immédiatement envoyé des sous pour parrainer deux des oiseaux en mon nom et celui de Chouchou, ce qui nous donnait le droit de revenir plus tard pour passer une demi-journée privilégiée avec nos filleuls. Mais la pandémie s’attardant, le Jardin des Hiboux est resté longtemps fermé au public. J’ai repris contact avec eux le mois dernier et appris qu’ils n’organiseraient pas de demi-journée parrains avant septembre, ce qui me paraissait très loin; alors à la place, ils nous ont proposé de nous greffer sur une après-midi VIP reprenant certaines des activités qu’on avait faites pendant l’atelier de fauconnerie. Moi, je voulais juste revoir les oiseaux, alors j’ai dit banco. 

Mercredi en fin de matinée, après avoir avalé un lunch rapide à l’Exki de la place du Luxembourg, nous prenons donc une Cambio pour nous rendre à Graide, dans le fin fond de la Wallonie. 1h30 de route sans histoire. A l’inconfortable vague de chaleur de la semaine dernière a succédé une baisse brutale des températures, retombées entre 14 et 17° depuis quelques jours. Le ciel est couvert mais il n’est pas censé pleuvoir: ce sera parfait pour prendre des photos. Moins parfait: l’oubli de carte mémoire qui rendra impossible l’utilisation du boîtier Sony de Chouchou. Reste son iPhone 12 qui suffira pour des portraits ou des clichés des exercices de vol, et la petite caméra qu’il a achetée récemment pour filmer des vidéos sans s’encombrer. 

Arrivés un peu en avance, nous prenons tout notre temps pour faire le tour des volières. Il nous semble que les installations se sont développées et améliorées depuis notre première visite, et nous nous disons que Steph et Wouter ont dû s’occuper à ça pendant les longs mois de fermeture. En réalité, ils n’ont pas fait de travaux faute de sous: ils ont juste instauré un sens de visite à cause du Covid et changé certains oiseaux de place. Je retrouve mon filleul Guy dans une cage avec quatre autres minuscules chouettes des terriers parmi lesquelles j’ai du mal à le reconnaître. Je pousse des piaillements de joie en identifiant d’autres oiseaux, notamment l’impressionnant vautour à tête blanche Mowgli (qui appartient à une espèce en voie de disparition à cause des superstitions dans son habitat naturel) ou Pepper l’aigle bleu du Chili qui n’y voit que d’un oeil. Une bénévole qui n’était pas là la dernière fois est en train de s’affairer dans les volières. Veinarde. Si j’habitais plus près, je supplierais Steph et Wouter de me laisser venir une journée par semaine pour leur donner un coup de main. 

L’après-midi VIP commence par un spectacle. Nous sommes agréablement surpris de le trouver très différent de celui que nous avions déjà vu en août dernier: ce ne sont pas les mêmes oiseaux qui volent aujourd’hui, et Wouter ne nous raconte pas non plus les mêmes choses. Il nous explique les particularités et les habitudes de chaque espèce; c’est souvent drôle et toujours très instructif. Par exemple: les hiboux et les chouettes ne dorment qu’une heure par jour, de façon hyper fragmentée pour ne pas que leurs prédateurs puissent les surprendre. Ils y voient très mal et repèrent leurs proies au son qu’elles font en se déplaçant. Les milans se reconnaissent à leur queue en V. Les faucons ont des ailes effilées très aérodynamiques qui leur permettent d’atteindre des vitesses de vol record. Les caracaras sont une plaie en Amérique du Sud, où ils arrachent les joints en caoutchouc des fenêtres pour faire tomber les vitres et s’introduire dans les cuisines qu’ils pillent méthodiquement. Si un prédateur approche alors que des vautours viennent de festoyer sur une carcasse et qu’ils sont trop lourds pour s’envoler, le premier qui le repère régurgite aussitôt tout ce qu’il vient d’avaler sous l’effet du stress, et ce signal déclenche un vomissement collectif salvateur. Passionnant, non? 

En voyant évoluer les oiseaux, qui ne font pas systématiquement ce qu’on attend d’eux, on comprend bien que s’ils répondent (parfois) aux instructions, c’est parce qu’ils ont confiance en leurs soigneurs et qu’ils sont motivés par la nourriture reçue en récompense. Quand ils n’ont pas envie… ils n’ont pas envie et n’hésitent pas à ignorer les appels. D’ailleurs, il arrive que certains ne reviennent que le lendemain d’une séance de vol, après avoir chassé, mangé et digéré pépouze dans un arbre à plusieurs kilomètres de là. Ils ne sont évidemment jamais punis pour avoir obéi à leur nature plutôt qu’aux fauconniers.

(A suivre…)

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